Lutter contre les fake news :

les leçons à tirer des guerres de l’information

Novembre 2019

Synthèse

Les fake news représentent un problème qui menace les racines mêmes de la démocratie moderne, mais il n’existe pas de solution simple.(1)

Diffuser de fausses informations présente beaucoup trop d’avantages. Des pays facilitent souvent la diffusion de fake news dans le cadre de campagnes de désinformation visant à faire avancer leurs programmes politiques. Des profiteurs créent du contenu mensonger et le diffusent largement pour générer des revenus publicitaires. Et la conception des réseaux sociaux en ligne permet – voire encourage – la diffusion massive de fake news. Le résultat est une masse importante de fausses informations s’étendant sur le paysage médiatique mondial.

La recherche sur l’impact des fake news est encore rare. Bien qu’il existe depuis longtemps des études sur la propagande, les fake news modernes, qui ont la particularité de se propager via les réseaux sociaux et d’apparaître comme des «informations», sont d’une nature différente de la propagande d’Etat.

De plus, les nouvelles technologies aggravent souvent le problème. Ainsi, les bots s’immiscent de plus en plus dans les réseaux sociaux et amplifient les messages de type fake news. Une étude a estimé que 9 à 15 % des utilisateurs de Twitter étaient des bots, et du moins selon certaines études, ils jouent un rôle clef dans l’amplification des fake news.
(2)

Ces fake news ont un autre coût : les médias traditionnels et les sites de vérification des faits doivent consacrer du temps à déconstruire les derniers mensonges en circulation. Les chercheurs supposent également que les contradictions observées entre fake news et vraies informations sont sources de scepticisme et de désintérêt vis-à-vis de l’ensemble des médias, qu’ils soient mensongers ou légitimes. La prolifération des fake news survient également à un moment où la confiance dans les sources d’informations légitimes est historiquement la plus basse.(3) Ainsi, seulement 32 % des Américains déclarent avoir une très grande ou grande confiance dans le fait que les médias délivrent une information «complète, honnête et juste», ce qui est le taux le plus bas jamais enregistré.(4) Une autre crainte concerne le fait que la rencontre des fake news et des réseaux sociaux en ligne, du moins tels qu’ils fonctionnent actuellement, est à l’origine de hauts niveaux d’extrémisme. Les réseaux sociaux cherchant à retenir l’attention de leurs utilisateurs, ils leur proposent systématiquement du contenu susceptible de leur plaire, en fonction de ce qu’ils ont déjà regardé. Des expériences sur YouTube montrent que le simple fait de suivre les vidéos suggérées par la chaîne mène rapidement à du contenu de plus en plus extrême.(5) Étant donné ces dynamiques, les fake news représentent clairement un risque pour la démocratie..(6) Les gouvernements démocratiques sont dépendants de la bonne information des électeurs, mais partout dans le monde des élections ont été perturbées par des campagnes de désinformation. De nombreux pays occidentaux ont accusé la Russie par exemple d’être derrière certaines de ces campagnes, et dans plusieurs pays, comme la Birmanie, les Philippines ou l’Indonésie, les acteurs politiques eux-mêmes ont utilisé les fake news pour servir leurs intérêts.(7) La désinformation et la manipulation des médias feront toujours partie de notre monde. Mais les changements induits par la technologie, ainsi que notre manière de consommer les médias, rendent plus difficile pour les citoyens de détecter les informations non fiables, et permettent aux fake news d’étendre leur influence néfaste.(8)

Alors, que peut-on faire, et que doit-on faire ?

Cette étude cherche à répondre à ces questions, et s’appuie sur des revues de la littérature, des interviews d’experts, des analyses des sites web du gouvernement américain, et sur notre étude indépendante menée auprès de plusieurs milliers de personnes via un sondage en ligne.
Voici les principaux enseignements.

Des actions simples, comme lire un article sur la manière de repérer des sources d’information non fiables, peuvent aider les gens à identifier les fake news.

La Fondation Reboot a mené des expériences qui montrent que l’on peut progresser dans la détection des fake news. En particulier, notre équipe de chercheurs a étudié l’efficacité de trois interventions courtes qui ont pour but d’améliorer la capacité de distinguer une information légitime d’une fausse.

Nous avons trouvé que les participants à l’étude qui avaient regardé une courte vidéo, ou lu un article montrant comment faire pour déterminer si un article d’information était légitime ou non, repéraient les fake news avec un meilleur taux de réussite qu’avant cette intervention. Il est intéressant de noter que le fait de participer à un jeu de rôle dans lequel on demandait aux participants de modérer un flux d’informations n’améliorait pas leur capacité à détecter les fake news.(9)

Le simple fait de rendre les gens conscients du problème des campagnes de désinformation pourrait suffire à les rendre plus perspicaces à court terme. Quoiqu’il en soit, ce résultat donne l’idée alléchante d’utiliser des actions simples pour apprendre aux gens à se montrer plus avisés. L’efficacité de telles approches mérite d’être étudiée

La crise des fake news est en fin de compte une crise de l’éducation aux médias, et plus d’un tiers des élèves américains déclarent comme rare l’apprentissage de compétences clés telles qu’évaluer la fiabilité d’une source.

Bien que l’on considère que l’augmentation récente des fake news soit facilitée par les entreprises technologiques, au final ce sont bien les individus qui partagent ces fake news et y sont exposés.(10)

Une part cruciale de la solution dans la bataille contre les fake news est d’accroître la capacité des gens à identifier les informations fausses ou peu fiables. Il faut faire plus pour apprendre aux gens à évaluer de manière critique les sources d’information et les tactiques courantes des diffuseurs de fake news.

Pourtant, notre étude révèle que plus d’un tiers des élèves de «middle school» (équivalent du collège) aux Etats-Unis déclarent qu’ils n’étudient jamais ou rarement ces compétences en classe. Nous avons analysé les données de l’enquête NAEP (National Assessment of Educational Progress), également appelée «bulletin scolaire du pays», et examiné les réponses des élèves de «8th grade» (équivalent de la 4 e ) aux questions concernant l’éducation et l’apprentissage technologiques. Nous avons également découvert que plus d’un cinquième des élèves de middle school aux Etats-Unis déclarent apprendre «rarement» ou «jamais» comment créditer correctement les idées des autres.(11)

Mais la bonne nouvelle, c’est que l’intérêt pour les programmes d’éducation aux médias grandit. (12) Plusieurs organisations militent en faveur de ces cursus d’éducation aux médias, et fournissent également des programmes, des outils et d’autres ressources aux écoles.

Les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer en soutenant l’éducation aux médias et en favorisant une sphère publique saine.

Les tentatives récentes des gouvernements pour faire face aux fake news se sont souvent traduites par des attaques frontales comme des lois sur la diffamation, des groupes de travail pour évaluer la légitimité des informations et des sources, ainsi que des amendes voire des peines d’emprisonnement potentielles.

De telles approches soulèvent des questions comme celles de la censure, de la partialité et de l’opportunisme politiques. Il n’est pas clair non plus si ces actions améliorent réellement le climat médiatique ; dans certains cas, on pourrait même dire qu’elles le détériorent.

Plutôt que d’essayer de bloquer directement les fake news par la puissance étatique, quelques exemples suggèrent que favoriser le développement d’un écosystème médiatique sain serait une meilleure méthode.

Les pouvoirs publics peuvent favoriser le développement de programmes d’éducation aux médias et de journalisme de fond et d’intérêt général, grâce à des incitations financières, des activités scolaires, et même de nouvelles formes d’entreprises. Cette approche évite les problèmes de censure et est moins susceptible d’être détournée à des fins politiques ou idéologiques.

Les entreprises technologiques doivent faire plus pour encourager de meilleures formes de participation, plus éclairées, sur leurs plateformes.

Les réseaux sociaux ont été critiqués sans ménagement pour avoir permis et encouragé la désinformation.(13) En réponse à ces critiques, les plateformes ont effectué quelques changements. Facebook, en particulier, possède une équipe dédiée chargée d’endiguer le flot de désinformation sur son site, et beaucoup d’efforts ont été faits pour faire disparaître ou brider les fournisseurs de fake news.(14)

Mais au final, les réseaux sociaux vont devoir faire plus que simplement identifier les fake news et retirer ce contenu. Ils doivent concevoir une nouvelle expérience utilisateur pour combattre (au lieu d’exploiter) les biais psychologiques, et repenser la manière dont les groupes de personnes aux opinions divergentes peuvent interagir de manière constructive.

La suite de ce rapport présente nos conclusions et nos recommandations plus en profondeur. Mais il est clair – d’après les recherches de la Fondation Reboot – que les actions menées contre les fake news peuvent être efficaces, et que l’on doit faire beaucoup plus pour arrêter les campagnes de désinformation qui mettent en péril le cœur même de la démocratie moderne.

Introduction

Le terme «fake news» («infox» en français) a fait irruption lors de la campagne présidentielle américaine de 2016.(15) Bien que les historiens n’aient pas encore écrit l’histoire complète de l’expression, cette locution semble s’être répandue après qu’un rédacteur de Buzzfeeed, Craig Silverman, soit tombé sur des titres étranges en tête des fils d’activité Facebook.(16)

Ayant du mal à croire des titres tels que «Le Pape François choque le monde entier en soutenant la candidature de Donald Trump», après quelques recherches Craig Silverman s’est rendu compte que ces informations provenaient toutes d’une petite ville de Macédoine, et gagnaient du terrain dans les réseaux sociaux. Il les a nommées tout simplement «fake news». Il l’a raconté ainsi à PBS (Public Broadcasting Service, réseau de télévision publique américain) : «Je ne me suis pas assis un jour en me disant qu’il fallait que je trouve le mot parfait pour décrire ce phénomène, c’est venu comme ça, naturellement».(17)

Après la campagne électorale, des hommes politiques ont donné une autre signification à l’expression «fake news», et s’en sont servis pour attaquer des articles ou des organisations légitimes, alors même que le terme continuait d’être utilisé par beaucoup en référence aux médias conçus pour tromper le lecteur en se faisant passer pour de l’information légitime. De ce fait, certains des principaux organismes d’éducation aux médias défendent l’utilisation du terme «désinformation», qui est à la fois plus inclusif (comprenant aussi les nouvelles formes d’information) et moins récupéré.(18)

Nous avons cependant choisi de continuer à utiliser l’expression «fake news» dans ce rapport, car elle reste la plus répandue pour décrire des titres ou des articles volontairement trompeurs. De plus, cette démarche est souvent conçue pour exploiter les angoisses, les peurs ou les théories du complot existantes, et se répand le plus fréquemment sur les réseaux sociaux. Généralement, les fake news sont plus qu’un simple mensonge, ils mélangent (souvent via un algorithme) fausses affirmations et vrais événements afin d’attirer un public bien spécifique.

L’effet exact de l’augmentation des fake news sur le débat public n’est pas bien connu. Une étude à grande échelle menée sur la période 2006/2017 a montré qu’une fausse information, mêlée à des faits vérifiés, se diffusait sur Twitter plus vite et plus largement que la véritable information.(19) C’est ainsi que naît l’idée troublante que, au moins en ce qui concerne les articles qui nécessitent de la vérification de faits, le mensonge se répand plus vite que la vérité.

De même, plusieurs événements à avoir fait la une ont eu pour origine des fake news. C’est le cas en particulier du «Pizzagate». (20) Un homme, inspiré par des articles propageant des fake news, a déclaré qu’une pizzeria de Washington était au centre d’un réseau de pédophiles. Il s’y est rendu en voiture pour «enquêter», et a tiré des coups de fusil à l’intérieur du restaurant tout en cherchant des preuves. Les propriétaires de la pizzeria, les membres du personnel et même les propriétaires des restaurants voisins continuent de recevoir des menaces de mort de la part de gens qui croient encore ces affirmations pourtant largement démenties.

Cela dit, il est aussi possible que cette crainte d’une crise des fake news soit exagérée. Après tout, beaucoup d’utilisateurs de Facebook partagent des articles sans les avoir lus, ce qui nous indique à la fois que beaucoup de gens n’ont pas d’approche critique de ce qu’ils partagent, et que, potentiellement, ils ne se sont pas vraiment intéressés à ces fake news au premier abord.(21)

En même temps, les croyances sont difficiles à ébranler. Même des campagnes politiques de grande ampleur semblent échouer à convaincre, il est donc tout à fait possible que la croissance des fake news ait des conséquences moins terribles que ce que beaucoup craignent.(22)

Les quelques études dont nous disposons sur la prévalence des fake news dans les réseaux sociaux font aussi émerger deux points importants. Tout d’abord, la plupart des gens ne partagent pas ces fake news. Un sondage mené sur le panel Twitter a montré que 0,1 % des utilisateurs représentaient presque 80 % des sources de fake news.(23) Une étude menée sur le panel Facebook a de son côté révélé que plus de 90 % des utilisateurs ne partageaient jamais d’article contenant des fake news.(24)

Deuxièmement, les utilisateurs les plus âgés partagent ces fake news bien plus largement que les plus jeunes, quel que soit leur bord politique. L’étude Facebook a montré que les utilisateurs de plus de 65 ans partageaient deux fois plus d’articles de fake news que le groupe immédiatement plus jeune (45-64 ans), et sept fois plus d’articles de fake news que le groupe le plus jeune (18-29 ans). Le panel Twitter a révélé la même tendance. Ces résultats suggèrent que le phénomène des fake news se concentre sur des sous-populations spécifiques et que partager des fake news n’est pas un comportement répandu.

Cependant, des études en psychologie indiquent que la prolifération des fake news peut quand même poser problème. Par exemple, la répétition de fausses informations les fait paraître vraies, amenant ainsi des gens à admettre des idées qu’ils auraient autrement remises en cause.(25) Ce phénomène est appelé «effet de vérité illusoire». Il peut se produire même quand on connaît le sujet dont traite l’information discutable.(26) Des études montrent que cet effet s’applique aux fake news, suggérant ainsi que la simple exposition à la répétition de titres de journaux peut influencer l’opinion des électeurs.(27)

Méthodologie

Plusieurs méthodes ont été utilisées par la Fondation Reboot pour aboutir à ces leçons sur les fake news.

En premier lieu, pour mieux connaître ce domaine, nous avons mené une revue de la littérature sur des publications de différentes disciplines s’intéressant au phénomène des fake news ; la plupart de ces articles sont parus entre 2016 et 2019.

Dans un deuxième temps, nous avons essayé d’inventorier tous les organismes importants d’éducation aux médias, de vérification des faits, ainsi que les applications éducatives dans ce domaine. Parmi tous les organismes d’éducation aux médias, nous avons décidé de nous limiter à ceux de langue anglaise dans la mesure du possible (l’étude a été menée par notre équipe aux Etats-Unis).

Nous avons également mené nous-mêmes une étude indépendante sur l’efficacité des interventions destinées à aider les gens à mieux identifier les fake news. Une série de titres d’articles a d’abord été présentée à tous les participants : certains légitimes, d’autres faux. Les participants du groupe de contrôle ont ensuite pris part à un jeu court, sans rapport avec le sujet, tandis que les participants du groupe test étaient soumis à une intervention visant à améliorer leur consommation d’information (article, vidéo, ou jeu vidéo), avant d’évaluer à nouveau les titres d’articles.

Plus de 2 000 personnes ont participé à cette étude via Amazon Mechanical Turk fin avril 2019. Tous les titres avaient réellement été publiés sur des médias en ligne, la moitié ayant été catégorisés comme fake news car volontairement trompeurs ou mensongers.

Voici quelques exemples de vrais titres : «La réalité virtuelle aide à combattre les morts dues aux opiacés», «Un militant conservateur frappé à l’Université de Berkeley (Californie)», «Un agent des douanes enferme deux Américains parlant espagnol. Ils portent plainte».

Et maintenant des titres mensongers : «Des milliards de personnes dans la rue pour célébrer l’abrogation de l’Obamacare par le Président Trump», «Le gouvernement sort un remède contre le cancer, mais au prix le plus cher de l’histoire du médicament», « «Les Républicains ont subi un lavage de cerveau» chantent avec obéissance des Démocrates vêtus d’uniformes blancs. »

Nous avons fondé notre méthode sur l’étude de Gordon Pennycook et David Rand publiée en 2019, qui explore les relations entre pensée réflexive, opinions politiques et discernement des fake news.(28) Dans leur étude, comme dans la nôtre, l’exactitude globale des participants pour distinguer les informations légitimes résulte de leur notation de l’exactitude des fake news et des informations légitimes, qui va de «pas du tout juste» à «très juste» et incluent une option «pas sûr·e». Dans l’idéal, les participants jugeraient les vraies informations comme «très justes» et les fake news comme «pas du tout justes». Nous avons calculé la différence dans leurs évaluations moyennes des fake news et des informations légitimes avant et après nos interventions.

Pour l’analyse des politiques publiques, nous avons étudié les sites internet des services d’éducation des 50 Etats des Etats-Unis pendant l’été 2019, et avons recherché leurs cours obligatoires. Le travail réalisé par Media Literacy Now (assocation américaine de promotion de l’éducation aux médias) a nourri notre travail sur la législation.(29)

Nous avons aussi cherché à mieux comprendre ce que les élèves ont réellement appris en matière d’éducation aux médias, et nous avons donc recueilli les données de l’évaluation NAEP (National Assessment of Education Progress) de 2018, une évaluation nationale représentative de ce que les élèves américains connaissent et savent faire. Nous nous sommes appuyés sur les résultats de l’évaluation en sciences technologiques et de l’ingénieur de 2018, un examen administré aux élèves de «8th grade» (équivalent de la 4e) et nous nous sommes concentrés sur les questions concernant l’éducation aux médias, telles que juger la crédibilité des sources et les créditer correctement. Ces données ont été collectées pendant l’été 2019.

Enseignements

Des actions simples, comme lire un article sur la manière de repérer des sources d’information non fiables, peuvent aider les gens à identifier les fake news.

D’après notre étude, les interventions courtes peuvent être des moyens efficaces d’encourager une attitude critique dans la consommation de l’information. Nous avons testé comment trois interventions peuvent influencer la pertinence avec laquelle on distingue des informations légitimes des fake news. Ces interventions comprenaient un article étudiant l’environnement médiatique actuel et indiquant une procédure pour repérer les fake news, une vidéo globalement de même contenu, et un jeu sur les fake news appelé NewsFeed Defenders («Les défenseurs du flux d’infos»).(30) Avant et après chaque intervention, les participants ont évalué l’exactitude de vrais et faux titres de journaux sur une échelle en quatre points allant de «pas du tout juste» à «très juste».

NewsFeed Defenders est le fruit d’une collaboration entre Icivics (une association créée par Sandra Day O’Connor, ancienne juge à la Cour Suprême) et le Centre de politique publique Annenberg ; il consiste à demander aux élèves de modérer un flux d’information sur un réseau social, en repérant les fake news et en les supprimant si nécessaire.(31)

Le résultat de notre enquête est que les interventions courtes peuvent avoir un effet sur la capacité des gens à repérer les fake news. L’article et la vidéo ont tous les deux augmenté significativement la capacité des participants à distinguer les informations vraies des fausses (valeur-p <0,01), ce que ne faisait pas le jeu (valeur-p 0,44).

Après avoir regardé la vidéo, les participants ont évalué les faux titres comme moins justes qu’ils ne l’avaient fait auparavant (un écart de 0,21 point sur une échelle de 4, soit la moitié d’un écart type) ; leur perception des informations légitimes est, elle, restée stable (jugées plus justes avec un écart de 0,02 point). En d’autres termes, une personne qui aurait évalué une fausse information comme «assez juste» avant l’intervention est susceptible de faire évoluer son appréciation d’environ 1/5e sur l’échelle de notation en direction de «pas juste du tout».

Lire l’article a fait chuter la perception de justesse des fake news de 0,12 point, et a en même temps accru la perception de justesse des informations légitimes de 0,10 point. Ce constat contraste avec celui de l’influence du jeu, qui a légèrement augmenté la perception de justesse des fake news comme des informations légitimes (respectivement de 0,4 point et 0,8 point). Les perceptions de justesse du groupe contrôle n’ont varié que de 0,01 point que ce soit pour les fake news ou pour les vraies informations.

Ainsi, regarder la vidéo comme lire l’article ont sensiblement accru le discernement des participants en ce qui concerne les fake news (jugées moins justes) et les informations légitimes (jugées plus justes). Cela suggère que le simple fait de faire prendre conscience du problème et de donner aux gens un cadre pour les aider à distinguer les vraies informations des fausses peut les y aider.

Comment se fait-il que le jeu n’ait pas eu le même effet ? Les contrôles d’attention ont montré que les participants ont été aussi attentifs pour le jeu qu’ils l’ont été pour l’article ou pour la vidéo. Les effets de l’article et de la vidéo peuvent être dus à l’amorce : le simple fait de rendre les gens conscients du problème des fake news pourrait suffire pour les rendre plus perspicaces à court terme. Mais si telle était l’explication, nous pourrions nous attendre à ce que le jeu, qui accorde également une grande place aux fake news, ait le même effet.

La meilleure explication que nous ayons trouvée est que l’article et la vidéo ont fourni une méthode relativement simple pour aider à distinguer les vraies informations des fausses. L’article par exemple encourageait les lecteurs à se poser trois questions : qui est l’auteur ? Quel est le message ? Pourquoi cela a-t-il été créé ?

Le jeu aussi donnait des conseils sur la manière de distinguer l’information de bonne qualité de la mauvaise, mais ne délivrait ce conseil qu’à un rythme beaucoup plus lent, au cours de plusieurs interactions avec le jeu. Il est possible que les répondants n’y aient pas passé suffisamment de temps pour apprendre les méthodes immédiatement applicables que l’article et la vidéo ont fournies. Ce point nécessiterait d’être approfondi et étayé.

Il existe d’autres limites à cette étude. Les travailleurs de Mechanical Turk sont plus jeunes que la population américaine, il y a donc une sous-représentation de la population plus âgée dans notre échantillon. C’est une limite importante dans ce contexte, car les séniors partagent beaucoup plus les fake news que les jeunes.(32)

De même, nous n’avons pas étudié si les effets de l’intervention duraient. Nos mesures post-intervention ont été faites immédiatement après, et, en effet, une mesure plus tardive pourrait très bien montrer un effet moindre. Le travail de différenciation des informations était limité – on ne donnait aux participants qu’un titre, une image et une source sur lesquels travailler – mais cela reproduit la manière dont les gens voient passer ces titres dans leur flux sur les réseaux sociaux.

La crise des fake news est en fin de compte une crise de l’éducation aux médias, et plus d’un tiers des élèves américains déclarent comme rare l’apprentissage de compétences clés telles qu’évaluer la fiabilité d’une source.

Les préoccupations au sujet de la manipulation par les médias de masse remonte au milieu du 20e siècle et à l’utilisation de films par les publicitaires et les gouvernements pour influencer le public.

Cependant, dans le passé, la propagande se limitait à l’émission ou au document dans lesquels elle apparaissait. Elle pouvait se diffuser largement et être reçue par un grand nombre de gens, mais ses effets étaient limités par le caractère physique du média. Avec les nouvelles technologies et les nouvelles plateformes média, ces limites ont été en grande partie gommées.

Internet, c’est évident, permet de manipuler le contenu, de le transformer, le recycler et le partager à l’infini. Le résultat le plus alarmant est peut-être que la désinformation peut se couler dans les réseaux sociaux et exploiter les effets de réseau. Dans ces réseaux, les informations fausses et dangereuses deviennent plus convaincantes, et peuvent se répandre plus largement et plus rapidement qu’avant.

Mais ces effets reposent sur les individus qui, généralement sans intention malveillante explicite, partagent une information non fondée, même si cela saute souvent aux yeux. En bref, les individus eux-mêmes ont besoin de formation au raisonnement appliqué aux informations et autres médias.

Pour traiter ce problème, les chercheurs et les enseignants reconnaissent l’importance d’éduquer les élèves et les adultes sur la manière de s’impliquer de manière critique dans un environnement continuellement changeant, de reconnaître les tentatives de manipulation, et de communiquer de manière active et efficace dans les médias. La progression des fake news ravive les appels à donner plus d’importance au raisonnement critique et à l’éducation aux médias en classe, partout dans le monde.

Le manque de temps qui lui est consacré à l’école rend cet appel à l’éducation aux médias encore plus urgent. D’après les données de l’enquête NAEP de 2018, plus d’un tiers des élèves de «middle school» (équivalent du collège) rapportent étudier comment juger la fiabilité des sources «rarement» ou «jamais» ; 40 % des élèves de middle school disent apprendre ces compétences à l’école «parfois», et un peu plus d’un cinquième «souvent».

Apprendre à citer et créditer des sources est une autre compétence nécessaire dans ce domaine, mais moins de la moitié des élèves américains de middle school disent passer beaucoup de temps à apprendre à correctement créditer les autres pour leurs idées. Environ 44 % des élèves de 8th grade (équivalent de la 4e) déclarent apprendre cette compétence en cours «souvent», plus d’un cinquième «rarement» ou «jamais».

Une solution pourrait être de mettre en place des cours séparés d’éducation aux médias. Ces cours pourraient se concentrer sur les rudiments de la participation aux médias et du raisonnement critique. Les enseignants apprendraient aux élèves à se poser des questions telles que : d’où vient cette information ou cette opinion ? Quels sont les biais ou les tentatives de manipulation qui transparaissent dans ce point de vue ? Quelles preuves sont apportées pour soutenir cette position ? Ces preuves sont-elles corroborées par d’autres sources fiables ? Quels contre-arguments pourrait-on opposer à cette position ?

Alors qu’une telle approche présente des bénéfices évidents, l’éducation aux médias est sous-financée. Les programmes d’éducation aux médias ne recueillent qu’un financement national limité, et seulement une poignée d’Etats financent des programmes ou du perfectionnement professionnel.(33) Le résultat est que l’éducation aux médias est loin d’être universelle, et beaucoup d’élèves ne disposent tout simplement pas du raisonnement critique dont ils ont besoin (voir encadré pour plus de détails).(34) L’intérêt national pour les tests standardisés et l’éducation en sciences, techniques, ingénierie et maths (STEM) dans les années 2000 et 2010 a fait baisser l’importance de l’éducation civique en classe, qui ne retrouve sa place que depuis peu.(35)

Quelques écoles ont commencé à expérimenter des programmes d’éducation à l’information de nouvelle génération, en utilisant de nouvelles méthodes et en essayant de toucher plus d’élèves. Stony Brook University et le News Literacy Project ont été récemment chefs de file pour le développement de programmes et de ressources numériques destinés à être utilisés par les écoles dans leurs cours d’éducation aux médias. Les premiers résultats laissent penser que de tels programmes peuvent être efficaces aux niveaux collège comme universitaire.(36)

Dans une étude récente des programmes d’université de Stony Brook, les étudiants qui avaient suivi les cours d’éducation aux médias ont auto-évalué leur comportement comme plus réflexif et présentaient une connaissance plus précise des infrastructures médiatiques.(37) Cependant, les élèves s’étaient inscrits volontairement dans ces cours, limitant ainsi la force des conclusions que les chercheurs peuvent tirer. Une étude plus rigoureuse menée dans un programme ukrainien destiné à des adultes actifs et retraités suggère que de tels programmes peuvent avoir un effet mesurable léger.(38) Les chercheurs n’ont pas encore conduit d’essais randomisés contrôlés sur ces programmes.

Une autre étude récente met en relation les auto-évaluations des étudiants de leurs expériences d’apprentissage d’éducation aux médias avec l’effet de persuasion d’arguments basés sur des preuves.(39) Les étudiants exposés à plus d’expériences d’apprentissage d’éducation aux médias étaient moins influencés par la désinformation et plus convaincus par les arguments basés sur des preuves que les étudiants moins exposés à ces cours.

D’autres approches de raisonnement critique et d’éducaton aux médias se sont concentrées sur les enseignants. Dans de nombreux domaines, les enseignants ont commencé à enseigner aux élèves à analyser les schémas dans l’information que des sources discutables pourraient exploiter pour se créer un vernis de fiabilité.(40) Les jeux constituent une autre approche, à l’instar de Bad News qui fait créer des fake news par les joueurs pour leur enseigner les tactiques habituelles des campagnes de désinformation.(41) La conception de ce jeu est différente de celle de Newsfeed Defenders – le jeu que nous avons testé – et il repose sur l’idée de vacciner les joueurs contre les fake news en les faisant participer directement à la diffusion de fake news. Une première étude suggère que participer à ce jeu rend les gens plus sceptiques vis-à-vis des titres de fake news, tout du moins immédiatement après l’essai.(42)

Il faut cependant noter que certaines formes d’éducation aux médias peuevent avoir leurs revers.(43) La fluence est un effet psychologique courant qui décrit comment le fait d’entendre ou de voir la même affirmation de façon répétée renforce sa mémorisation. Même présentée comme complètement fausse, le fait de paraître familière rend une affirmation crédible.(44) La littérature sur la démystification fourmille d’exemples dans lesquels les participants qui assistent à la vérification d’une affirmation retiennent la fausse information au lieu de la vraie.(45)

Les élèves sont souvent encouragés à suivre une check-list pour évaluer une information. Mais ces check-lists ne sont peut-être pas suffisantes.(46)Dans certains cas, les points à contrôler peuvent se révéler obsolètes, comme dire que les sites en .org sont plus légitimes que les .com, par exemple. Et les sites web disposent de nombreux moyens de se conformer aux standards attendus, les fake news imitant souvent les vraies informations.

Plus important, les études qui comparent le comportement des professionnels de la vérification des faits à celui des élèves suggèrent que se concentrer sur les caractéristiques de l’article lui-même pourrait avoir une utilité limitée.(47) Les pros passent peu de temps sur le site qu’ils vérifient ; ils ont plutôt vite fait de se tourner vers d’autres sites qui peuvent apporter un éclairage utile sur le site qu’ils vérifient.

Au final, il est nécessaire que les gens apprennent à pratiquer le raisonnement critique pour enrayer la propagation des fake news.(48) Pour être plus précis, il faut faire preuve d’un sain scepticisme à l’égard des sources d’information, connaître les techniques de désinformation et vouloir être convaincu·e par des preuves. En encourageant les gens à remettre les affirmations en question, à interroger les sources et envisager d’autres points de vue que le leur, et en montrant à quel point ces habitudes sont vitales non seulement pour le développement complet de l’intellect mais aussi pour le fonctionnement sain des démocraties, nous pouvons atténuer le tort causé par les fake news, même si nous ne pouvons pas l’arrêter complètement.

Les Etats américains exigent-ils une éducation aux médias?

Devant les préoccupations grandissantes causées par les fake news, nous avons voulu étudier si les Etats des Etats-Unis exigeaient des écoles d’enseigner des compétences médiatiques importantes, telles que détecter les biais et la désinformation. Nous avons donc effectué une analyse des standards académiques dans les 50 Etats et dans le district de Columbia (district constitué de la ville de Washington, capitale fédérale des Etats-Unis). Nous avons regardé si les différents Etats possédaient une progression des apprentissages qui aiderait les élèves à apprendre à évaluer le contenu des médias.

Même si nous ne nous attendons pas à ce que les Etats emploient exactement les mêmes termes, nous avons étudié si on attendait des élèves les capacités suivantes : identification des biais et des points de vue, compréhension des techniques destinées à convaincre le consommateur, évaluation de la crédibilité des sources, analyse de l’information sur un sujet ou un événement à partir de sources multiples. Il faut savoir que chaque Etat des Etats-Unis établit ses standards académiques, ses attentes sur ce que les élèves doivent savoir et savoir faire à chaque niveau de classe. Ces standards déterminent la conception des programmes par les écoles, et on attend des élèves qu’ils prouvent ces compétences en classe.

Nous avons observé que les Etats employaient presque tous le même langage pour parler de l’apprentissage de l’évaluation des sources d’information. Il semble que cela résulte de l’adoption large des standards communs CCSS dans les programmes d’anglais. Les standards CCSS (Common Core State Standards) sont une initiative des Etats pour unifier les standards d’apprentissage en anglais et en maths, et 41 Etats plus le district de Columbia les ont adoptés pour l’enseignement de l’anglais. Y figure le vocabulaire associé à l’évaluation de la crédibilité des sources d’information. La plupart des Etats qui n’ont pas formellement adopté ces standards soit utilisent un vocabulaire proche, soit ont développé leurs propres standards d’éducation aux médias.

De plus, certains Etats ayant adopté les standards CCSS pour l’enseignement de l’anglais ont également mis en place des standards supplémentaires d’éducation aux médias. Ces derniers peuvent prolonger les standards de l’enseignement de l’anglais, ou s’insérer dans d’autres matières (technologie, sciences sociales, documentation, etc.).(49) Ces standards utilisent un vocabulaire plus précis pour décrire les problématiques autour de l’utilisation du numérique et des ressources internet pour mener des recherches.

Cependant, certains Etats manquent de normes solides. Ainsi, l’Oklahoma n’a pas de standards clairs en lien avec l’éducation aux médias à chaque niveau de classe. Deux Etats ont un volet entier intitulé «éducation aux médias» qui, au lieu de l’évaluation de l’exactitude et des biais des médias, vise la compréhension des usages des différentes supports (vidéo, audio, discours, livre, etc.) ou les techniques de création et de diffusion. Par exemple, le Missouri a établi des normes pour le cursus d’anglais appelées « Education aux médias et au numérique » pour les élèves de maternelle jusqu’au «5th grade» (équivalent du CM2), axées sur les «techniques pour créer des médias» et la «compréhension des changements de discours d’un support à l’autre». Le Dakota du Nord a une démarche similaire, ces standards d’éducation technologique et aux médias se concentrant sur la création de médias plutôt que l’évaluation des messages et des contenus.(50)

Nos sources d’information pour cette analyse sont les publications des services de l’éducation des Etats sur leurs sites internet ; cette information a été recueillie en juin/juillet 2019.

Il est évident qu’exiger des compétences médiatiques et fournir une véritable éducation aux médias sont deux choses différentes. Comme nous l’évoquons plus haut, seulement un élève de middle school sur cinq déclare apprendre «souvent» comment juger la fiabilité des sources d’information en classe. Un quart de élèves de middle school disent apprendre «rarement» ces compétences.

Pour acquérir ces compétences, les élèves doivent suivre l’enseignement de professeurs bien formés, tout autant qu’avoir accès à un cursus de qualité. Washington et le Minnesota sont en tête des Etats qui soutiennent les professeurs qui enseignent l’éducation aux médias. Le New Jersey et l’Illinois exigent que l’enseignement de l’utilisation des réseaux sociaux commence dès l’école primaire. Un certain nombre d’Etats envisagent également de légiférer pour établir des normes en éducation aux médias au niveau de l’Etat.(51) D’après Media Literacy Now, la Virginie, l’Etat de New York, le Nouveau-Mexique, le Massachusets, l’Illinois, Hawaï, le Colorado et l’Arizona ont tous introduit des lois pour créer des conseils consultatifs en éducation aux médias, des groupes de travail qui pourraient suivre la conception et la mise en place de l’éducation aux médias dans tout l’Etat.

Le Massachusetts offre un modèle unique de programme d’éducation aux médias, les standards de l’Etat se concentrant particulièrement sur les médias d’information du 21e siècle.(52) L’Etat a adopté les standards CCSS et y a ajouté ses propres normes en sciences sociales qui couvrent cinq domaines incluant les défis de l’information et de l’éducation aux médias dans la société contemporaine et collecter et rapporter l’information en utilisant les médias numériques. Dans cet Etat, les élèves de «high school» (équivalent du lycée) doivent apprendre comment la technologie influence la diffusion de l’information, comment le journalisme online et les réseaux sociaux touchent les lecteurs, et comment différentes méthodes (dont le recours à des sites de vérification des faits comme FactCheck.org) peuvent être utilisées pour évaluer la légitimité des informations rapportées. Alors que peu d’Etats ont inscrit la détection des fake news comme un standard de performance nécessaire, le Massachusetts établit un précédent important dans la manière dont un Etat peut s’assurer que cette compétence essentielle est enseignée à l’école.

Les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer en soutenant l’éducation aux médias et en favorisant une sphère publique saine.

Les gouvernements disposent de nombreux outils pour lutter contre les fake news. Beaucoup ont tenté de s’attaquer au problème directement, souvent en opposant la puissance étatique aux créateurs des fake news. L’Italie a mis en place un portail en ligne où les citoyens peuvent dénoncer la désinformation à la police.(53) Le ministre de l’Information et de la Diffusion du Pakistan a ouvert un compte Twitter qui identifie les fake news et rapporte les incidents aux autorités.(54)

L’Indonésie, qui a fait face à de nombreuses controverses du fait de la propagation de fake news sur les réseaux sociaux populaires, a récemment dévoilé son ambition de tenir des réunions hebdomadaires sur les fake news dans un souci de combattre la diffusion de la désinformation, dédiant 70 personnes à la vérification des faits et à la réponse aux articles.(55) La réaction gouvernementale la plus extrême à la désinformation a sans doute été de couper complètement internet. Le gouvernement indien a coupé l’accès à internet à plusieurs reprises, après des émeutes provoquées par des rumeurs circulant sur WhatsApp, la plateforme sociale la plus importante du pays.(56)

Ces approches directes sont souvent critiquées. Les mesures prises par la Corée du Sud pour lutter contre les fake news ont éveillé des soupçons de censure chez les opposants au régime, et il en a été de même en Egypte.(57) Deux points sont au cœur de ces critiques.(58)

Tout d’abord, l’évaluation même des fake news par les gouvernements est inévitablement suspecte, ces derniers n’étant pas des tierces parties objectives. Ensuite, opposer la puissance étatique directement aux fournisseurs de fake news veut nécessairement dire limitation de la liberté d’expression. Comment les citoyens peuvent-ils être sûrs que le gouvernement fera les choses correctement et, par exemple, n’utilisera pas ce pouvoir pour s’attaquer à ses opposants ? De plus, lorsque les programmes gouvernementaux commettent des erreurs, ils peuvent entamer la confiance dans le gouvernement.(59)

Mais il reste aux pouvoirs publics au moins trois autres pistes pour faire face aux fake news : collaborer avec les entreprises technologique pour endiguer leur propagation, soutenir la diffusion publique et locale, et soutenir des programmes d’éducation aux médias. Ils peuvent aussi contribuer à la lutte contre les fake news en ligne en renforçant les lois de protection de la vie privée en ligne. La majorité des fake news est produite et diffusée à des fins de revenu publicitaire. Cette diffusion s’appuie sur la structure des réseaux sociaux pour fournir du contenu personnalisé aux utilisateurs, qui conforte leurs opinions actuelles.(60) En limitant l’accès aux données privées et leur utilisation par les médias sociaux et les autres compagnies technologiques – et, plus généralement, en permettant aux utilisateurs un meilleur contrôle de leurs données privées – on devrait, en principe, limiter également jusqu’où les fake news peuvent effectivement cibler et manipuler les utilisateurs.

Un gouvernement peut jouer un rôle clé en soutenant de tels programmes. Au Brésil, les cours d’analyse des médias sont obligatoires pour les étudiants depuis décembre 2017.(61) La Finlande a créé des programmes d’éducation aux médias pour les résidents, les étudiants, les journalistes et même les femmes et les hommes politiques.(62)

Ces programmes ont pour objectif d’enseigner les compétences utilisées par les professionnels de la vérification de faits. Leur succès semble être dû à plusieurs facteurs : le taux d’alphabétisation élevé du pays, leur expérience passée dans le combat contre la désinformation, des sources d’information publiques et locales fortes, et une forte identité nationale reliée à l’état de droit.

Une action efficace pouvant être entreprise par les gouvernements sans mettre en péril la liberté de la presse et la liberté d’expression est l’amélioration de la prise de conscience du problème des fake news et le soutien à une meilleure éducation aux médias. La Belgique, par exemple, a adopté une approche moins autoritaire pour impliquer le public, en lançant un site web pour l’informer sur la désinformation et un forum sur lequel les gens peuvent voter pour ou contre les solutions proposées par le gouvernement.(63)

Les pouvoirs publics peuvent encourager le développement de programmes d’éducation aux médias, mettre des outils et des cours à disposition des écoles, et rendre ce genre de programmes accessibles aux adultes désireux de se former sur internet et dans les espaces publics tels que les bibliothèques. En même temps qu’elle mettait la pression directement sur les producteurs de fake news, l’Italie développait des programmes pour soutenir l’éducation aux médias. Le gouvernement finlandais développe également des programmes d’éducation aux médias depuis au moins 2014.(64)

Des entreprises médiatiques fortes et indépendantes, qui travaillent dans l’intérêt public, sont également vitales dans la bataille contre les fake news. Le fait que Facebook et Google accaparent le marché publicitaire en ligne est en partie responsable des difficultés des entreprises de presse pour trouver des business models qui permettent de financer un journalisme de fond et d’intérêt général.(65) Les gouvernements peuvent soutenir le développement et la croissance de telles entreprises de plusieurs manières.(66) Ils peuvent les financer directement, mettre en place des réductions fiscales, et proposer des statuts juridiques avantageux pour les entreprises dédiées au bien commun.

La vérification des faits à la rescousse ?

Les dernières années ont vu proliférer les ressources de vérification des faits. Mais penser que la simple présence d’information corrective puisse empêcher la croyance dans les fake news est beaucoup trop simpliste. Même s’il y a peu de doutes sur le fait que leur vérification joue un rôle essentiel dans le rétablissement des faits, savoir si les gens abordent le contenu de manière critique (ou même prennent conscience du fait que les affirmations ont fait l’objet d’une vérification) est une autre question.

De plus, la vérification des faits a ses propres problèmes et un certain nombre de facteurs limitent la portée de ces efforts, depuis l’efficacité avec laquelle les faits peuvent être vérifiés jusqu’à savoir si cela convainc réellement les gens.

Traditionnellement, ce travail est mené par des experts ou des journalistes : ils interprètent l’affirmation, utilisent leur savoir ou mènent des recherches, et vérifient si l’affirmation est vraie. Mais ce processus peut être long, ce qui a conduit les journalistes et les informaticiens à trouver de nouvelles formes de vérification des faits.(67)

Une des méthodes consiste à utiliser le «crowdsourcing» : les consommateurs d’info deviennent de fait fact-checkers eux-mêmes en vérifiant les données d’un article ou d’une source spécifiques ; les résultats sont ensuite agrégés et partagés.

Une autre approche consiste à utiliser des méthodes de vérification des faits automatiques, en s’appuyant sur les données sélectionnées par les experts.(68) Il existe plusieurs moyens de procéder, chacun avec ses avantages et ses inconvénients. Des fact-checkers automatiques, par exemple, imitent les humains : l’algorithme identifie les affirmations qui pourraient être vérifiées, puis mène la vérification.

Le troisième facteur qui joue sur l’efficacité de la vérification des faits est l’exhaustivité et la transparence du processus lui-même. Ce processus nécessite des pratiques de vérification normalisées et de développer un système de classification. Bien souvent, les affirmations ne sont ni de franches vérités, ni des mensonges éhontés : il s’agit d’exagérations, d’omissions, ou de déformations. Le site de fact-checking Politifact.com par exemple classe les affirmations sur une échelle qui va de «mensonges caractérisés» à «vraies déclarations», avec plusieurs gradations entre les deux.(69)

Pour encourager les entreprises de vérification des faits à satisfaire des standards élevés, le Poynter Institute (école de journalisme et institut de recherche basés en Floride) a établi un code de conduite international pour les organismes de fact-checking, qui assure de la part de ceux qui s’y sont engagés que le processus est transparent, non-partisan et éthique.(70)

Les entreprises technologiques doivent faire plus pour encourager de meilleures formes de participation, plus éclairées, sur leurs plateformes.

Les plateformes de réseaux sociaux sont le principal canal de diffusion des informations mensongères ou trompeuses. Plus de 40 % du trafic de fake news provient des réseaux sociaux, contre seulement 10 % pour les informations légitimes.(71) Ces plateformes ont été conçues par leurs créateurs pour maximiser l’engagement des utilisateurs, et telles qu’elles sont aujourd’hui elles ne constituent pas des espaces sains pour informer les citoyens ou accueillir des débats publics.

L’information, la publicité et la communication personnelle restent intégrées au sein des plateformes, ce qui rend difficile de connaître la source d’une information. Les articles d’information et les commentaires sont publiés et partagés de la même manière que les nouvelles personnelles, les photos et les vidéos. De cette manière, non seulement les réseaux sociaux amplifient la désinformation, mais ils la font paraître fiable car implicitement approuvée par une personne que vous connaissez.

Les mécanismes psychologiques peuvent ensuite amplifier le problème. Les gens ont tendance à interpréter l’information d’une manière qui se conforme à leur point de vue préexistant. Ils ont aussi tendance à rechercher une information qui soit conforme à leur point de vue préexistant. Il est prouvé que ces tendances, combinées aux propres incitations des plateformes pour fournir du contenu qui plaise aux utilisateurs, conduisent à la création de chambres d’écho sur les réseaux sociaux. La présence et l’étendue de ces chambres d’écho dépendent cependant de la nature du sujet discuté.(72)

Plusieurs tentatives ont été lancées pour combattre ces effets et limiter l’impact des fake news et de la désinformation en général. Les réseaux peuvent par exemple identifier, marginaliser et même retirer du contenu mensonger. Facebook collabore avec des fact-checkers tiers et d’autres, et a mis en place une cellule de crise interne pour identifier et réduire l’influence de la désinformation en période d’élections.(73) Ils ciblent également de manière spécifique la désinformation qui incite à la violence, retrogradent les contenus discutables dans les flux d’actualité et prennent des mesures pour rendre la publicité politique sur les plateformes plus transparente.(74)

Mais les actes de Facebook ne suivent pas forcément ses belles paroles, et beaucoup restent sceptiques en ce qui concerne la transparence du réseau social, son engagement et sa capacité à combattre les fake news, et craignent les conséquences d’avoir mis entre les mains d’une compagnie privée la résolution d’un problème aux enjeux aussi considérables pour la société.(75)

Les dirigeants de Facebook eux-mêmes semblent douter que les efforts actuels puissent représenter une solution à long terme. Mark Zuckerberg, son fondateur et président, a décrit les efforts récents de l’entreprise pour identifier la désinformation et réduire son influence comme une course aux armements, suggérant que les changements initiés par Facebook amèneront plus de sophistication de la part de ceux qui encouragent le contenu trompeur ou mensonger.(76)

Un autre mouvement en provenance de la Silicon Valley cherche à initier des changements plus fondamentaux dans nos vies en ligne. Le Center for Humane Technology – fondé par un ancien «éthicien du design» chez Google – explore les moyens de changer les business models du secteur pour «l’aligner sur notre propre humanité».(77)

La première étape sur cette route est de redéfinir l’engagement de l’utilisateur, que les plateformes des réseaux sociaux cherchent à optimiser. Cet engagement de l’utilisateur a généralement été mesuré comme étant le temps total passé sur la plateforme, conduisant à s’inquiéter de la promotion de l’extrémisme. Facebook elle-même commence à mettre l’accent sur le «temps bien utilisé» sur sa plateforme, ce qui veut dire concrètement donner la priorité aux relations sur les interactions avec les médias et le commerce.(78) En principe, ce modèle devrait faire diminuer la prévalence des fake news, qui l’on consomme avec intérêt mais que l’on peut difficilement qualifier de «temps bien utilisé». Mais des critiques alertent sur le fait que de tels changements seront au mieux superficiels, et qu’ils permettront simplement aux entreprises de collecter des données plus personnelles – et de ce fait, de plus grande valeur – sur leurs utilisateurs.(79)

Des tierces parties commencent également à mettre au point des technologies pour combattre les fake news. L’application NewsGuard, par exemple, classe les sites web selon un système de couleurs : vert pour un site qui respecte les standards élémentaires d’exactitude et de responsabilité, rouge pour l’opposé.(80) Mais en pratique, l’effet de ces logiciels tiers – qui intéressent en premier lieu ceux qui se préoccupent déjà des fake news et de la fiabilité de l’information – n’est pas clair. Il faudrait étudier davantage l’efficacité de telles initiatives.

Ce que les plateformes de réseaux sociaux devraient faire pour lutter contre les fake news n’est pas toujours évident. Une première étape raisonnable serait de s’engager sincèrement à réduire la diffusion de fausses informations. Facebook, par exemple, qui a pourtant essuyé de nombreuses critiques, laisse proliférer sur sa plateforme le déni de l’Holocauste.(81) Est-ce que lire et partager un tel contenu est du «temps bien utilisé» ? L’idée que les entreprises de réseaux sociaux devrait soit ne rien faire (par peur d’empêcher la liberté d’expression) soit tout simplement interdire ces comptes et supprimer le contenu est une fausse dichotomie.

Une étude récente sur la diffusion des fake news sur Twitter et Facebook propose plusieurs options possibles. Sur Twitter, une poignée de comptes partagent une énorme quantité de fake news (avec d’autres liens politiques ou non). Les chercheurs soupçonnent que ces comptes sont des «cyborgs» – des comptes qui utilisent du contenu mi-automatique, mi-créé par des humains. Une des options serait de cibler ces comptes pour un examen supplémentaire. Une autre serait d’inclure des règles qui limitent le partage ; une simulation qui a plafonné le partage d’URL politiques à 20 par jour a vu le contenu issu de fake news diminuer de 32 %.(82)

Les réseaux sociaux pourraient aussi se concentrer sur la surveillance de l’audience des fake news, qui est relativement faible et de mieux en mieux définie. Les alertes de vérification des faits, qui accompagnent les titres contestés par les fact-checkers tiers, peuvent légèrement accroître le scepticisme global à l’égard des fake news, mais ne semblent pas constituer une solution complète.(83) Ces plateformes peuvent aussi promouvoir l’engagement critique en encourageant un dialogue sincère et en proposant des liens vers des ressources pertinentes pour plus d’information.(84)

Les techniques des consommateurs d’information avisés

Dans une étude récente, a été évaluée la capacité à distinguer fake news et informations légitimes chez des étudiants, des professeurs d’histoire et des fact-checkers professionnels.(85)

Dans un des tests, 100 % des fact-checkers professionnels ont été capables de déceler qu’un site internet soi-disant non partisan était en réalité adossé à une société de relations publiques liée à une industrie. Seulement 60 % des historiens et 40 % des étudiants en ont été capables.

Les pros de la vérification des faits font preuve de comportements clés que n’ont pas eus les étudiants et les professeurs d’histoire. Ils vérifient auprès de plusieurs sources, disposant souvent les références côte à côte pour les comparer.

Voici ci-dessous quelques trucs pour repérer les fake news : (86)

Éviter de se fier à une seule source d’information. Les consommateurs d’information les plus avertis ont l’habitude de corroborer l’information en la vérifiant auprès d’autres sources fiables. Cela vaut aussi pour l’information transmise par quelqu’un que l’on connaît, ou une source qui semble légitime.

Résister à cliquer sur les premiers liens. Quand elles font une recherche, les personnes avisées regardent l’ensemble des résultats avant de choisir avec soin les chemins à suivre. Beaucoup de sites web sont conçus pour nous pousser à cliquer sur les liens de manière automatique.

Se familiariser avec les tactiques courantes des fake news. Dans les programmes d’éducation aux médias en Finlande, les étudiants explorent la manière dont les fake news exploitent les réactions émotionnelles. Le jeu Bad News en traite cinq autres : «troller», utiliser des théories du complot, se faire passer pour des sources officielles, discréditer les critiques, et polariser le lectorat. Bien souvent, les histoires véhiculées dans les fake news s’appuient sur des images ou des vidéos détournées ; la recherche d’image inversée sur Google ou Tineye peut aider à repérer les photos réutilisées.

Rendre les arguments plus précis. Un autre moyen de lutter contre les fake news est de reformuler ou résumer les arguments utilisés. Cela permet de révéler les lacunes entre les prétendues preuves et les affirmations énoncées.

Reconnaître le contenu conçu pour influencer. Les programmes d’éducation aux médias apprennent également aux étudiants à faire la distinction entre le contenu publicitaire et les sources d’information qui cherchent à être aussi objectives que possible. En ligne, les contours sont souvent flous, et des communiqués de presse ou des articles pièges à clics peuvent passer pour de l’information objective.

Conclusion

Trouver des sources fiables en ligne est un défi monumental, pour une grande part du fait de la prolifération continue de sources et d’agrégateurs d’informations, légitimes comme illégitimes. Et comme les fake news, en particulier, semblent aujourd’hui constituer une peste à laquelle il faut trouver un remède – et se retrouvent représenter l’exemple extrême du défi des sources – les nombreux efforts récemment faits par différentes institutions se concentrent spécifiquement sur ce phénomène.

Même si de telles démarches joueront certainement un rôle important, la lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux est susceptible de prendre du temps et de rester sans solution encore longtemps. Le fondateur et président de Facebook, Mark Zuckerberg, a appelé «course aux armements» les mesures récentes prises par son entreprise pour identifier les fausses informations et réduire leur influence.(87) Les changements opérés par Facebook sur ses algorithmes et ses procédures de contrôle peuvent être contrées par de nouvelles stratégies pour créer et diffuser du contenu faux ou trompeur.

Les entreprises technologiques ne sont pas les seules à devoir se préoccuper de détecter et écarter les fake news, c’est également l’affaire des consommateurs d’information. Heureusement, les compétences fondamentales intervenant dans le traitement des fake news s’appliquent à la collecte d’informations en général. En fait, bien avant que le terme «fake news» s’impose – et même, avant que l’information se consomme en ligne – les enseignants visionnaires déploraient le manque d’éducation aux médias parmi plusieurs générations de la société américaine.

C’est pourquoi ce rapport préconise des entreprises de médias fortes et indépendantes, qui adhèrent à des normes journalistiques élevées, et des réseaux sociaux qui privilégient la qualité de la participation sur leurs plateformes aux revenus publicitaires. Mais par-dessus tout, la solution au problème des fake news revient aux consommateurs d’information avisés. Des lecteurs plus engagés dans une approche critique peuvent endiguer la crise des fake news et renforcer les démocraties partout dans le monde.

 

ANNEXES

Organismes et projets d’éducation aux médias

NewsWise est un programme britannique d’éducation aux médias destiné aux élèves du primaire. Il fournit des ressources d’éducation aux médias, des expériences, et du support pour les enseignants qui suivent le programme scolaire national. Ce programme est une collaboration entre la Guardian Foundation, le National Literacy Trust, la PSHE Association (Personal, Social, Health and Economic) et Google.

Young Reporter est un programme britannique d’éducation aux médias à destination des élèves de «middle school» (équivalent du collège), développé par la BBC. Il offre un encadrement par des journalistes professionnels, ainsi que des ressources en ligne pour les enseignants et les élèves dans tout le pays.

Entre les lignes est une association constituée d’un réseau de journalistes, photographes et caméramen de l’Agence France Presse et du Monde, qui organise et anime des ateliers pour les jeunes. Elle éduque sur le journalisme, les réseaux sociaux, la désinformation sur internet, et a influencé le développement d’un programme national d’éducation aux médias pour les jeunes. Elle a été créée à Lyon en 2010.

The Poynter Institute est un des principaux mécènes de la recherche sur les médias. Il publie régulièrement des rapports sur les fake news et les campagnes de désinformation, et fournit également des formations pour les étudiants et les journalistes en activité.

First Draft est une coalition internationale de journalistes, associations de défense des droits de l’homme et d’entreprises technologiques, visant à trouver des moyens pour standardiser la vérification de l’information (textuelle et visuelle). Leur « Guide pratique des Fake News » propose une série de méthodes et procédures que les lecteurs peuvent utiliser eux-mêmes pour explorer le phénomène des fake news en ligne.

The Center for News Literacy fait partie de l’Université de Stony Brook (Etat de New-York). Il enseigne à des étudiants de tout âge comment utliser ses compétences de raisonnement critique pour évaluer l’information. Il a développé des programmes, des plans de cours, entre autres ressources à utiliser en cours pour les enseignants et les étudiants.

NAMLE (National Association for Media Literacy Education) est une association qui favorise l’éducation aux média dans des environnements formels et informels. Elle est partenaire de nombreuses universités, entreprises ou autres ONG.

The Computational Propaganda Project est une collaboration académique qui étudie la manière dont les algorithmes, l’automatisation et la propagande informatique sont utilisés pour manipuler l’opinion publique. Les scientifiques impliqués dans le projet partagent leurs découvertes via les revues scientifiques et les agences d’information qui couvrent ces pratiques.

Media Literacy Now est une association qui milite pour des programmes d’éducation aux médias dans toutes les écoles et tous les Etats des Etats-Unis. Elle fournit également des ressources pour les élèves et les enseignants.

Center for Mefia and Information Literacy est une association qui promeut l’éducation aux médias en développant des ressources éducatives et en faisant du lobbying pour faire évoluer les politiques. Elle est gérée par l’Université Temple (Philadelphie).

Common Sense Media est une association dont le but est d’aider les parents, les professeurs et les enfants à utiliser les médias à bon escient. Un de ses programmes de citoyenneté numérique inclut l’éducation aux médias.

Faktabaari est un service finlandais de vérification des faits qui a travaillé de manière approfondie à la vérification des faits lors des élections finlandaises et européennes. Il a également créé des outils éducatifs et collabore étroitement avec le gouvernement finlandais pour développer des programmes d’éducation aux médias.

Organismes de vérification des faits

PolitiFact est un site internet de vérification de l’information, et classe les informations selon leur véracité. Il appartient au Poynter Institute, ONG dédiée aux questions d’éducation aux médias.

FactCheck.org est un site internet dédié à la vérification des déclarations des hommes et femmes politiques. Un certain nombre de sites connexes se consacrent à des sujets légèrement différents (affirmations populaires sur Facebook, affirmations scientifiques courantes, etc.). Il dépend du Annenberg Public Policy Center de l’Université de Pennsylvanie.

Fiskkit est une plateforme collaborative de vérification des faits et de discussion, qui permet à ses utilisateurs de baliser des phrases au sein d’articles et d’en débattre, et aggrège les balises en statistiques sur l’ensemble de l’article. Elle a également été développée pour une utilisation scolaire.

Snopes est un site de vérification des faits très établi, qui s’attaque souvent aux théories du complot et aux fake news.

StopFake est un projet qui a vu le jour en Ukraine pour contrer la propagande et les fake news russes, avant de s’étendre à d’autres pays. Il possède plusieurs comptes Twitter actifs.

Disinfo Portal est un site web qui se consacre à la dissection des campagnes de désinformation russes.

Boomlive est un organisme de vérification des faits indien.

Misinfocon est une organisation informelle qui traite de confiance en ligne, vérification des faits et désinformation.

Pagella Politica est un programme italien qui combat les fake news.

Crosscheck est un projet fondé en partie par Google (via Google Labs) et dirigé par First Draft, qui a fait de la vérification de faits pendant la campagne présidentielle française. Les affirmations sont soumises et sourcées par les utilisateurs, et vérifiées par différentes organisations françaises qui travaillent en collaboration.

Applications éducatives et de vérification des faits

NewsGuard est un plug-in pour navigateur internet qui permet à ses utilisateurs d’évaluer la crédibilité des médias visités. Les sites internet sont classés selon un système de couleurs : vert indique que le site obéit aux standards d’exactitude et de transparence, rouge indiquant l’opposé. NewsGuard inclut également une explication détaillée de ce qui justifie le classement attribué à chaque site.

Newsfeed Defenders est un jeu éducatif créé par iCivics, une association fondée par Sandra Day O’Connor, ancienne juge à la Cour Suprême des Etats-Unis, et le Annenberg Public Policy Center. Les joueurs doivent gérer le flux d’information d’un réseau social et lutter contre la désinformation.

Fakey est une application et un jeu en ligne, qui testent l’éducation aux médias en exigeant des utilisateurs de vérifier les faits contenus dans des histoires.

Hoaxy est un moteur de recherche qui peut être utilisé pour visualiser la manière dont des sources peu crédibles se répandent sur Twitter. Il a été développé par des chercheurs de l’Université de l’Indiana. Ces mêmes chercheurs ont publié une étude intitulée « Anatomie d’un réseau de désinformation en ligne », qui montre comment Hoaxy a été développé et fonctionne.

Snipfeed est un système de recommandation basé sur l’intelligence artificielle, qui décompose le contenu original en messages de chat, images, vidéos et quizzes. Les coupures durent juste huit secondes, mais l’IA ajoute des leçons et des histoires qui permettent aux utilisateurs d’approfondir les sujets et d’effectuer de la vérification de faits.

Verifact est une plateforme de vote en cours de développement, qui récompense les utilisateurs qui votent sur l’exactitude d’affirmations, de sociétés de presse et même de journalistes individuels. L’idée est d’encourager les utilisateurs à voter pour ce qui est vrai, en les faisant miser de l’argent sur la véracité de l’affirmation.

Media Bias / Fact Check (MBFC News) est une société de presse qui a développé plusieurs applications destinées à combattre les fake news.

ZenMate SafeSearch est une extension pour Chrome qui dit identifier les sites qui répandent des fake news et du contenu malveillant. La manière dont elle le fait n’est cependant pas transparente. Le produit principal proposé par ZenMate est un service VPN.

NewsCracker est une extension pour Chrome et un fil Twitter qui value des articles de manière algorithmique, en essayant de prédire la probabilité que ces articles soient des fake news.

FactPopUp est une extension pour Chrome qui utilise les recherches de Politifact pour montrer de la vérification de faits pertinente en temps réel. Cette extension est publiée par le Reporters’ Lab, un centre de recherche en journalisme de l’Université de Duke.

FactStream est un application d’iTunes qui s’appuie sur trois sources (le Washington Post, Politifact et factCheck.org) pour vérifier des affirmations en temps réel. Elle est également produite par le Reporters’ Lab.

Fake Tweet Buster est un outil pour le web qui identifie les tweets et les utilisateurs qui mettent en avant des fake news grâce à un mélange de recherche d’image inversée, d’analyse utilisateur, et de contributions collaboratives. Cet outil ne semble pas avoir encore été lancé.

Factitious est un jeu dans lequel les joueurs essaient de répérer les fake news. Après que les joueurs aient déterminé si un article était faux ou pas, le jeu leur indique si leur choix était le bon. Ce jeu est également développé sous forme d’outil à utiliser en cours.

Bad News est un jeu publié par DROG, une équipe pluridisciplinaire d’universitaires et de journalistes, qui ont pour but de « vacciner » les gens contre les fake news. Les participants jouent le rôle d’un diffuseur de fake news et essaient de susciter des controverses en utilisant les tactiques habituelles des fake news, comme attaquer les fact checkers pour partialité ou jouer sur les peurs et les angoisses des gens.

Checkology est une salle de classe virtuelle qui a pour but d’aider les élèves à faire la différence entre les faits et la fiction. Elle est utilisée comme outil pédagogique par des milliers d’enseignants des Etats-Unis et de plus de 110 pays. Checkology est produite par le News Literacy Project.

Exemple américain
Grands axes de l’éducation aux médias par niveau de classe, définis par les « Common Core State Standards » pour le programme d’anglais

NiveauVolet : Intégration du savoir et des idéesVolet : Recherche pour construire et présenter les connaissancesVolet : Compréhension et collaboration
Kindergarten
(dernière année de maternelle)
Avec soutien et encouragement, décrire la relation entre des illustrations et le texte dans lequel elles apparaissent (par exemple, quelle personne, quel endroit, quelle chose, ou quelle idée du texte est décrite par l’illustration).Guidé et soutenu par des adultes, rassembler de l’information tirée d’expériences ou de recherches auprès de sources fournies, pour répondre à une question.Confirmer la compréhension d’un texte lu à voix haute ou d’une information présentée oralement ou à travers d’autres médias, en posant des questions ou en y répondant sur des éléments clés, et en demandant des éclaircissements si quelque chose n’est pas compris.
1
(CP)
Utiliser les illustrations et les détails d’un texte pour décrire ses idées clés.Guidé et soutenu par des adultes, rassembler de l’information tirée d’expériences ou de recherches auprès de sources fournies pour répondre à une question.Poser des questions ou y répondre sur les éléments clés d’un texte lu à haute voix ou d’une information présentée oralement ou à travers d’autres médias.
2
(CE1)
Expliquer comment certaines images (par exemple, un schéma qui montre comment fonctionne une machine) alimentent un texte et le clarifient.Rassembler de l’information tirée d’expériences ou de recherches auprès de sources fournies pour répondre à une question.Raconter ou décrire les idées clés ou les éléments d’un texte lu à haute voix ou d’une information présentée oralement ou à travers d’autres médias.
3
(CE2)
Utiliser l’information tirée d’illustrations (par exemple, de cartes ou de photos) et des mots d’un texte pour démontrer la compréhension du texte (par exemple, où, quand, pourquoi et comment les événements clés se sont produits).Rassembler de l’information tirée d’expériences ou de sources imprimées ou numériques ; prendre des notes succintes sur les sources, et classer les faits selon des catégories données.Déterminer les idées principales et les éléments qui les soutiennent dans un texte lu à haute voix ou de l’information présentée dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux).
4
(CM1)
Interpréter une information présentée visuellement, oralement ou quantitativement (tableaux, graphiques, diagrammes, chronologies, animations ou éléments intéractifs dans des pages web) et expliquer comment l’information contribue à la compréhension du texte dans lequelle elle apparaît.Rassembler de l’information pertinente tirée d’expériences ou de sources imprimées ou numériques ; prendre des notes et classer l’information, et fournir une liste de sources.Paraphraser des passages d’un texte lu à haute voix ou d’une information présentée dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux).
5
(CM2)
Utiliser une information tirée de sources imprimées ou numériques multiples, en démontrant sa capacité à trouver la réponse à une question rapidement ou à résoudre un problème efficacement.Rassembler de l’information pertinente tirée d’expériences ou de sources imprimées ou numériques ; résumer ou paraphraser l’information dans des notes et dans le travail final, et fournir une liste de sources.Résumer un texte écrit lu à haute voix ou une information présentée dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux).
6
(6ème)
Intégrer de l’information présentée dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux) ainsi que sous forme de texte, pour atteindre une compréhension cohérente d’un sujet ou d’une problématique. Rassembler de l’information pertinente de sources imprimées ou numériques multiples ; évaluer la crédibilité de chaque source ; citer ou paraphraser les données et les conclusions des autres en évitant de plagier et en fournissant une information bibliographique élémentaire pour les sources. Interpréter une information présentée dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux), et expliquer comment elle alimente un sujet, un texte ou une problématique à l’étude.
7
(5ème)
Comparer et opposer un texte à un enregistrement audio, une vidéo ou une version multimédia du texte, en analysant la manière dont chaque média traite le sujet (c’est-à-dire comment l’émission du discours affecte l’impact des mots).Rassembler de l’information pertinente de sources imprimées ou numériques multiples, en utilisant efficacement des mots-clés ; évaluer la crédibilité et l’exactitude de chaque source ; citer ou paraphraser les données et les conclusions des autres en évitant de plagier et en respectant un modèle de format pour la citation.Analyser les idées principales et les éléments qui les soutiennent présentés dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux), et expliquer comment les idées clarifient un sujet, un texte ou une problématique à l’étude.
8
(4ème)
Evaluer les avantages et les inconvénients liés à l’utilisation de différents médias (texte imprimé ou numérique, vidéo, multimédia) pour présenter un sujet ou une idée particulièreRassembler de l’information pertinente de sources imprimées ou numériques multiples, en utilisant efficacement des mots-clés ; évaluer la crédibilité et l’exactitude de chaque source ; citer ou paraphraser les données et les conclusions des autres en évitant de plagier et en respectant un modèle de format pour la citation.Analyser l’objectif d’une information présentée dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux) et évaluer les motivations (sociales, commerciales ou politiques) derrière sa présentation
9-10
(3ème-2nde)
Analyser différentes versions d’un sujet rapportées dans différents médias (par exemple l’histoire d’une personne racontée dans un magazine et en multimédia), en déterminant quels détails sont mis en avant selon les versions. Rassembler de l’information pertinente de multiples sources imprimées et numériques autorisées, en utilisant des recherches avancées efficacement ; évaluer l’utilité de chaque source pour répondre à la question ; intégrer l’information dans le texte de manière sélective pour préserver la continuité des idées, en évitant le plagiat et en respectant un modèle de format pour la citation. Intégrer de multiples sources d’informations présentées dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux), en évaluant la crédibilité et l’exactitude de chaque source.
11-12
(1ère- terminale)
Intégrer et évaluer des informations dans différents médias et formats (visuels, quantitatifs) ainsi que sous forme de texte, afin de traiter un sujet ou résoudre un probème.Rassembler de l’information pertinente de multiples sources autorisées imprimées et numériques, en utilisant des recherches avancées efficacement ; évaluer les forces et les faiblesses de chaque source en matière de fonction, rôle et public ; intégrer l’information de manière sélective dans le texte afin de préserver la continuité des idées, en évitant le plagiat ainsi que de se reposer sur une seule source, tout en respectant un modèle standard pour la citation.Intégrer de multiples sources d’informations présentées dans différents formats ou médias (visuels, quantitatifs et oraux), afin de prendre des décisions éclairées et de résoudre des problèmes, en évaluant la crédibilité et l’exactitude de chaque source et en relevant les divergences dans les données.

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