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Introduction

Développement du raisonnement critique chez les enfants de plus de 13 ans

Pour les enfants de 13 ans et au-delà, le raisonnement critique continue de se construire à partir des compétences acquises et des défis rencontrés lors des deux premiers stades du développement. Ces compétences doivent être renforcées au fur et à mesure que l’enfant mûrit.

Les quatre dimensions de base du raisonnement critique étudiées dans la première partie de ce guide (chez les enfants de cinq à neuf ans) restent pertinentes. Pour mémoire, elles sont :

  • le raisonnement critique fondé sur l’argumentation ;
  • le développement de l’estime de soi, fondement du raisonnement critique ;
  • la gestion des émotions, condition nécessaire au raisonnement critique ;
  • la norme sociale de raisonnement critique.

Nous avons aussi vu que de nouveaux éléments entrent en jeu entre 10 et 12 ans dans l’acquisition des compétences de pensée critique et de raisonnement. Ils sont tout aussi importants pour le développement du raisonnement critique chez le jeune adolescent :

  • le développement des facultés de raisonnement au-delà de l’argumentation ;
  • la puberté et ses implications en matière d’intérêts, d’estime de soi et de gestion des émotions ;
  • le monde numérique, à travers les jeux, internet et les prémices d’une nouvelle vie sociale ou pseudo-sociale (sur des réseaux sociaux ciblant les jeunes).

À ces problématiques se rajoute une nouvelle série de facteurs qui se matérialisent plus tard dans l’adolescence, alors que le système cognitif mûrit et que la vie sociale change. Ces facteurs vont augmenter massivement le potentiel critique des jeunes de 13 à 15 ans, tout en le limitant à certains égards. Ces facteurs sont :

  • le développement de la logique formelle, permettant des raisonnements de plus en plus complexes et abstraits ;
  • de nouvelles pressions sociales, dont une pression des pairs accrue et des craintes liées à l’intégration sociale. Les influences des groupes et des bandes, qui tendent à critiquer l’ordre social établi, peuvent aussi mener à la conformité des attitudes et des modes de pensée au sein du groupe ;
  • l’analyse critique des sources d’information et le renforcement des compétences interprétatives ;
  • le raisonnement critique dans les travaux de groupe, et en tant qu’élément de citoyenneté et de progrès social.

À partir de 13 ans, les adolescents commencent à acquérir et à appliquer les règles et les processus de logique formelle. La logique rudimentaire apprise aux stades précédents peut maintenant être affinée en enseignant aux adolescents une notation et un vocabulaire logique plus avancés, qui seront décrits dans les sections suivantes du guide. Il est important de garder à l’esprit , à nouveau, que le raisonnement critique va bien au-delà de la logique, et offre des outils à appliquer plus largement aux débats et à l’information que l’on rencontre dans la vie quotidienne.

Au cours des années d’adolescence, la pression sociale s’accélère ; avec internet et les réseaux sociaux, cela va plus vite et plus fort que jamais. Comme nous le verrons dans la section 2, le raisonnement critique peut se révéler une ressource précieuse pour les adolescents pour les aider à faire face aux pressions et à résister à la « pensée de groupe » qui se manifeste facilement dans les groupes sociaux, que ce soit en ligne ou dans la vie réelle. Le raisonnement critique peut aussi jouer un rôle pour aider les jeunes adultes à choisir et poursuivre leurs objectifs débutants, en élaborant des plans à long terme et des méthodes. Au final, le raisonnement critique est un outil indispensable pour aider les jeunes à comprendre et analyser la masse d’informations qui les bombarde désormais.

1. Logique formelle

En résumé:

À partir de 13 ans, les enfants peuvent commencer à apprendre les règles de la logique formelle et affiner un peu plus leurs compétences de raisonnement critique. Que leurs enfants apprennent ou pas ces compétences en classe, les parents peuvent les aider en discutant avec eux de la manière d’analyser des concepts et des arguments.

À partir de 11-12 ans, se développe progressivement ce que Piaget a appelé le stade des opérations formelles. Les nouvelles capacités de ce stade, comme pratiquer des raisonnements hypothético-déductifs (si…alors…) et établir des relations abstraites, sont généralement maîtrisées autour de l’âge de 15-16 ans.

Comme nous l’avons vu, à la fin de ce stade l’adolescent peut donc, comme l’adulte, utiliser une logique formelle et abstraite, mais à condition d’avoir appris le langage logique (si, alors, donc, etc.) et de l’avoir utilisé régulièrement. Dans ces conditions, il devient capable d’extrapoler et de généraliser à partir de situations concrètes.

 

Ainsi, à partir de 10-12 ans, en le stimulant intellectuellement, en le poussant à réfléchir et à établir des raisonnements, l’enfant devient progressivement capable de passer d’une logique de situation fondée sur l’action et l’observation à une logique basée sur des règles de déduction indépendantes de la situation présente.

Cette faculté de manipuler des symboles abstraits se consolide autour de 15 ans environ, à condition d’avoir été sensibilisé à la logique formelle.

Voici un exemple de moyen d’éveiller les facultés de logique formelle :

A et B sont deux propositions logiques, telles que A est le contraire de B. Connaissant cela, on peut en déduire formellement (sans référence à quelque chose de concret) que la proposition P qui dit « A ou B » est toujours vraie. Il n’y a pas d’alternative, et donc P remplit l’ensemble des possibles. On peut aussi déduire que la proposition P’ soit « A et B » est toujours fausse. En effet, deux propositions contraires ne peuvent pas être vraies toutes les deux : si l’une est vraie, l’autre est fausse.

Ces opérations formelles nécessitent une maturation du système nerveux central et du système cognitif. Mais, ces exemples de raisonnement formels étant déconnectés de la vie de tous les jours, ils nécessitent de s’exercer. Un adulte sans entraînement aurait lui aussi des difficultés avec le raisonnement formel.

Après avoir travaillé sur plusieurs exemples, les parents peuvent aider leurs enfants à extraire les règles logiques derrière ces exemples.

Nous pouvons présenter ces deux règles logiques en utilisant des exemples plus concrets, ce qui rend le raisonnement formel immédiatement plus accessible et moins intimidant. Mais sous une forme concrète, le raisonnement devient moins facilement applicable à de nouvelles situations.

Si la proposition A est « Ce saumon provient de l’élevage », la proposition B (le contraire de A), sera « Ce saumon ne provient pas de l’élevage ». B pourrait aussi se dire : « Ce saumon est sauvage ». Il est facile de voir dans ce contexte concret que P « A ou B » est toujours vraie. Un saumon est soit d’élevage soit sauvage. De même, il est facile de concevoir que P’ « A et B » est toujours fausse car un saumon ne peut pas être à la fois sauvage et d’élevage.

Une fois qu’ils ont appris à s’extraire des exemples concrets et à exprimer ces règles en logique formelle, les enfants peuvent formaliser et manipuler la notation logique et l’appliquer à une multitude de situations.

Comment améliorer les compétences de déduction logique formelle chez les jeunes de plus de 13 ans ?

Nous devons commencer par appliquer ces deux règles à travers des exemples concrets comme celui des saumons. Après avoir travaillé sur plusieurs exemples, les parents peuvent aider leurs enfants à extraire les règles logiques derrière ces exemples. C’est la phase inductive : à partir d’exemples concrets, on extrait les caractéristiques communes (ou « invariants ») et on énonce une règle formelle.

Ensuite, il faut démontrer cette règle uniquement par déduction logique. Si on ne le fait pas, on n’est pas certain que la règle vaille dans tous les contextes. L’extraction des invariants permet seulement d’énoncer des règles qui restent hypothétiques à ce stade. Seul le raisonnement permet de généraliser une règle.

Une fois que les élèves ont appris à maîtriser une collection de règles formelles, ils peuvent être entraînés à reconnaître quelle règle est applicable à un problème ou dans un certain contexte ; c’est-à-dire prendre une affirmation de départ (une hypothèse), lui appliquer une règle de déduction et arriver à une conclusion.

2. Concepts et failles de raisonnement

En résumé:

Un outil important grâce auquel les adolescents peuvent améliorer leurs compétences logiques et de raisonnement est l’utilisation de définitions formelles. Ces dernières sont nécessaires à un raisonnement précis et universel, et peuvent aider les enfants à repérer les failles dans les raisonnements des autres.
Intégrer ce sujet aux discussions familiales peut s’avérer très efficace.

Extension et intension

À cet âge, il peut être utile d’apprendre une notion de la logique formelle qui concerne la manière dont les concepts sont définis. Chez les plus jeunes, les catégories ou les concepts se définissent en fonction de la manière dont on les rencontre dans la vie quotidienne. Par exemple, le concept général de couleur est déterminé par l’ensemble des couleurs que les enfants ont rencontrées ou imaginées. Le concept recouvre toutes ces expériences différentes. C’est ce que l’on appelle la définition en extension.

Mais il est important que les enfants commencent à apprendre à partir de 13 ans à définir des concepts de façon formelle et scientifique et pas simplement selon leur extension.

Par exemple, au lieu d’utiliser une définition tirée de leur expérience, les élèves peuvent expliquer qu’une couleur est une perception que notre œil, couplé au cerveau, fabrique à partir d’une onde électromagnétique de fréquence donnée qui frappe notre rétine. Cette définition établie selon les qualités internes et formelles du concept est appelée définition en intension.

La définition en intension est plus compliquée, mais elle permet d’utiliser le concept dans un raisonnement formel. La définition par intension, de ce fait, oriente l’esprit de l’enfant vers du raisonnement abstrait de plus haut niveau.

Ainsi, si nous devons déterminer si telle entité est ou n’est pas une couleur, la définition par intension nous fournira des critères formels qui nous permettront de trancher.

Prenons un autre exemple. Les nombres premiers peuvent être définis formellement en intension : ce sont les « nombres divisibles uniquement par eux-mêmes et par un ». À l’inverse, si nous avions dû apprendre la définition en extension, nous ne disposerions que de la liste des nombres dont nous savons qu’ils sont premiers.

Il est alors clair que si nous ne disposons que de la définition en extension, si nous rencontrons un nouveau nombre très grand, plus grand que le plus grand de la liste que nous avons apprise, nous ne disposerons d’aucun critère pour savoir s’il est premier. En revanche, si nous connaissons la définition en intension, nous pouvons, en nous aidant d’une calculatrice, vérifier s’il n’est divisible que par un et par lui-même, et ainsi s’il est premier.

Nous ne pouvons pas critiquer efficacement les arguments des autres si nous ne partageons pas leur définition des concepts utilisés.

Petits, nous « apprenons le monde » par des définitions en extension, au fil de nos interactions avec les autres et avec les objets. Notre cerveau définit les concepts en extension puis extrait les caractéristiques communes (les invariants) pour établir des définitions qui fonctionnent.

Mais ces définitions restent subjectives, puisqu’elles dépendent de l’historique des rencontres avec des exemples qui s’y rapportent. Ainsi, tous les concepts que nous avons construits ne correspondent pas exactement avec ceux des autres, bien que nommés de manière identique. Ils dépendent de nos expériences particulières.

 

Cependant, vers l’âge de 13-15 ans, par l’approche mathématique et logique formelle, il devient possible de définir les concepts en intension et donc de partager leur sens objectif avec les autres. Les adolescents peuvent ainsi entrer dans un monde de définitions précises et communes. Ceci est un préalable nécessaire à la mise en pratique d’un raisonnement critique précis et formel. Nous ne pouvons pas critiquer efficacement les arguments des autres si nous ne partageons pas leur définition des concepts utilisés.

L’approche formelle pour les adolescents de plus de 13 ans devrait donc être double : formaliser la définition de tous les concepts utilisés et formaliser la déduction logique elle-même. Ceci s’acquiert avec l’entraînement et permet aux enfants d’augmenter leur capacité à communiquer ainsi que leurs facultés critiques.

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Les concepts d’intension et extension

Reconnaître les failles de raisonnement

Comme nous l’avons vu dans les parties précédentes, développer le raisonnement critique nécessite plus que simplement savoir raisonner de façon formelle et contextuelle. Il faut aussi apprendre à reconnaître les failles de raisonnements chez ceux qui veulent nous convaincre de leur manière de penser, soit par narcissisme soit pour nous amener à agir d’une manière qui les arrange.

Ces failles peuvent se situer à plusieurs niveaux :

  • des règles logiques erronées, menant à un raisonnement faux à partir d’hypothèses fiables ;
  • des hypothèses (les points de départ du raisonnement) fausses : même si le raisonnement est juste, la conclusion peut être fausse. Cette stratégie est fréquemment utilisée par certains politiciens ;
  • l’utilisation d’une règle formelle dans une situation à laquelle elle ne s’applique pas. Cela se produit dans la modélisation mathématique simplificatrice de contenus complexes, par exemple quand une dissertation de sciences humaines n’est interprétée qu’à l’aide d’outils de logique formelle.

Ces trois types de failles peuvent être intégrées dans des discussions en famille afin d’entraîner les enfants à contrer des raisonnements fragiles ou manipulateurs et il ne faut pas trop attendre de l’école pour exercer les enfants dans ce domaine. Entre 13 et 15 ans, ils sont déjà capables de construire de magnifiques raisonnements, et de ne pas se faire piéger par des interlocuteurs manipulateurs ou intellectuellement limités.

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Les erreurs de raisonnement

3. Devenir un individu

En résumé:

Les adolescents ont une propension naturelle à tenter de se détacher de leurs parents et de leur milieu. Une bonne base de raisonnement critique peut faciliter cette transition vers l’individualité et l’âge adulte ; mieux raisonner peut aider les adolescents à se débrouiller avec leur indépendance naissante et à éviter de rejeter leur milieu d’origine sans réfléchir.

À l’adolescence, devenir un individu unique, pas uniquement le fruit de ses parents, est une nécessité psychologique.

Une part de la différenciation entre soi et le monde se développe avec une image de soi. Il n’y a pas d’autre voie pour ne pas fusionner avec son environnement et finir dans le conformisme absolu, voire pire.

 

L’individualisation est indispensable à la société. Pour se perpétuer, la société a en effet besoin de diversité. Les cultures à qui il manque la norme sociale de l’individualisation sont plus fragiles ; elles produisent des citoyens qui ont des représentations d’eux-mêmes et des comportements identiques, alors que l’adaptation au changement nécessite diversité, créativité, évolution et donc pensée critique.

Ces cultures à faible individualisation ne connaissent que très peu (ou pas du tout) les sentiments de crise ou de mal-être que nous associons à l’adolescence. Le passage de l’enfance à l’âge adulte se déroule plutôt selon des rites dits « de passage ».

Notre civilisation a connu une longue et profonde évolution, à travers la philosophie, les sciences, la psychanalyse et la politique, qui a conduit à rejeter la norme sociale selon laquelle l’individu au sein de la famille, du groupe social ou de la nation, serait comme une simple cellule dans un organe. Chacun a en effet le droit et même le « devoir »  de naître une seconde fois en s’éloignant de ses origines.

C’est un immense défi car cette différentiation, cette création de soi, intervient à un moment où l’enfant n’est pas encore apte à réaliser cette « renaissance » de façon autonome, alors qu’il entre dans un monde nouveau, sans même savoir à quoi il va ressembler. Nous appelons cette période « adolescence » et même « adulescence » quand elle dure longtemps, ce qui l’on observe de plus en plus.

La confrontation à la société, essentiellement à travers l’école et la famille, est source de pressions, à la fois à se conformer et à s’individualiser. Il n’est pas étonnant que cela cause des difficultés.

Le besoin d’être libre et indépendant est source de conflit psychologique.

Les adolescents n’ont pas complètement atteint leur maturité intellectuelle et cognitive lorsqu’ils se trouvent confrontés à cette contradiction. Ils ne sont donc pas capables de la conceptualiser. C’est pourquoi leur attitude et leur comportement peuvent parfois plus ressembler à ceux d’un animal apeuré qu’à ceux d’auto-créateurs sereins en train de se réinventer progressivement.

Sans en être conscients, les enfants entrent en adolescence par conformité « de second ordre », par culture, puisque l’adolescence est plus une construction sociétale qu’une composante psycho-comportementale de la puberté.

Paradoxalement, certains enfants à partir de 13 ans peuvent ne pas vivre de crise d’adolescence du tout, grâce à leurs facultés critiques. En fait, s’ils considèrent leur vie comme satisfaisante et stable,  ils sauront éviter de se laisser attirer vers un monde alternatif par d’autres enfants de leur âge. Ils pourront vivre leur jeunesse sans crise d’adolescence, et, à la place, construire leur identité par réflexion et sans drame.

Bien entendu, ce n’est pas le plus courant. Le besoin d’être libre et indépendant est source de conflit psychologique. L’angoisse et l’anxiété associées à ce moment de conflit produisent des rationalisations, des pensées qui viennent expliquer a posteriori le mécontentement, le mal-être et la rébellion. Nous avons tendance à attribuer à notre environnement ou aux autres tout ce qui est  inconfortable ou qui ne se passe pas bien. Par conséquent, si les choses ne se passent pas bien pour nous, si nous ne sommes pas heureux, c’est à cause d’un monde « injuste ».

Les parents d’adolescents connaissent bien ce qui en découle : une critique radicale de tout ce que les adolescents rencontrent. Pour eux, tout « craint » : les parents, les professeurs, les hommes politiques, les journalistes etc. Cette réaction peut être source de conflit, mais, comme nous allons l’expliquer dans la section suivante, elle est aussi une bonne opportunité d’approfondir les capacités critiques. 

4. Le négativisme adolescent

En résumé:

Le besoin de devenir un individu à part entière peut souvent se manifester par des attitudes négatives et intransigeantes. Bien que les critiques et les plaintes des adolescents soient assez simples, les parents devraient en discuter avec eux. Le raisonnement critique peut aider à rendre le chemin pour devenir un individu moins pénible et plus productif.

Il peut être difficile de savoir comment réagir au négativisme des adolescents. D’un côté, leur attitude peut paraître trop extrême et trop simpliste pour être prise au sérieux. De l’autre, ils peuvent être exaspérants voire blessants quand cette attitude est dirigée vers les parents eux-mêmes. Mais ces derniers devraient faire leur maximum pour éviter de se montrer condescendants ou sur la défensive. 

 

Le négativisme émotionnel des adolescents est une version extrême d’une tendance à laquelle nous nous sommes tous susceptibles de nous laisser aller de temps en temps, quelle que soit la valeur que nous accordions à notre calme et notre compréhension. Les parents devraient se rappeler que ce négativisme fait partie de la tentative de devenir un véritable individu autonome dont l’opinion mérite reconnaissance et respect.

Les parents peuvent aider leurs adolescents à atteindre ce but en prenant leurs plaintes au sérieux. Cela ne signifie pas leur donner raison quand ils ont tort, mais les traiter comme des interlocuteurs dignes d’intérêt. Les parents peuvent demander à leurs enfants d’étayer et de défendre leurs demandes en utilisant des arguments et des preuves, les stimuler quand ils ne réussissent pas à bien argumenter, et les féliciter quand ils font une bonne remarque.

Cela peut être une bonne occasion pour les parents eux-mêmes de rafraîchir leur capacité à mettre leurs émotions de côté et d’aborder certains sujets de manière impartiale et dépassionnée. En donnant l’exemple de ce genre de vertus intellectuelles, les parents rendent plus probable le fait que leurs enfants les adopteront à leur tour.

Débattre avec des adolescents peut être amusant, en particulier quand ils commencent à apprécier les satisfactions que procure une discussion raisonnée sur des sujets compliqués.

Bien sûr, ces discussions ne se passent pas toujours bien, mais avec le temps les parents peuvent aider leurs enfants à rejoindre la communauté critique. Débattre avec des adolescents peut être amusant, en particulier quand ils commencent à apprécier les satisfactions que procure une discussion raisonnée sur des sujets compliqués.

La quête d’individualisation se manifeste également par le besoin de créer ou de rallier un nouveau groupe d’appartenance, qui peut devenir une famille idéale. Le phénomène de bandes ou de groupes d’adolescents – parfois même radicaux – en découle. On étouffe de ne pas être compris et accepté. On ressent le besoin de s’échapper, et, en tant qu’animal social, on crée ou on rejoint un groupe qui réponde à ses besoins.

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Individualisation et appartenance au groupe

5. Critique sociale et appartenance

En résumé:

Bien qu’ils passent leur temps à critiquer la société, en faisant cela les adolescents montrent qu’en réalité ils en font partie. Les parents devraient donc apprendre à leurs enfants à exprimer clairement leur insatisfaction. Le raisonnement critique peut les aider à concilier leur désir d’indépendance et la valeur de la tradition.

Dès 12-13 ans, pour que les enfants soient capables d’exprimer clairement leurs désaccords avec l’ordre établi, ils doivent avoir développé leurs compétences de raisonnement critique. En tant qu’adultes, nous devons accepter d’écouter ces critiques lorsqu’elles sont fondées. Cela montre aux enfants que le rejet n’est pas la réponse systématique à leurs approches. Ils se sentent alors valorisés et aptes à avoir une pensée autonome, susceptible, de plus, d’influencer les adultes.

De cette façon, le raisonnement critique peut aussi – étonnamment – faciliter leur acceptation d’une partie au moins de l’héritage culturel qui leur est proposé ou imposé par la langue, leur éducation et les usages.

Permettre à un adolescent de convaincre grâce à l’argumentation et l’inférence logique le rend plus apte à penser qu’il peut devenir un individu à part entière sans se détacher du groupe, à vivre une évolution sans révolution. S’il est autorisé à exprimer son désaccord, il peut même se sentir moins étouffé à l’école ou à la maison que dans un groupe de camarades dans lequel il serait constamment pressé de se conformer. Favoriser ce type de raisonnement critique le protège également de mauvaises influences (sectes, délinquance, etc.), l’outillage critique dont il dispose lui permettant de rester lucide face aux discours ou comportements dangereux et délirants (alcool, drogue, etc.)

 

 

L’apprentissage le plus précoce possible de l’argumentation et du raisonnement critique en utilisant les capacités d’inférence permet un équilibre au moment de l’adolescence entre individualisation et acceptation de l’héritage.

En effet, l’appartenance à un groupe, aujourd’hui souvent grâce aux réseaux sociaux, répond au besoin de se singulariser et de manifester son individualité. Ce besoin n’est satisfait que si ce groupe n’est pas aussi prescripteur et étouffant que la société dont l’adolescent essaie de s’échapper et s’il ne cause aucun préjudice.

Le raisonnement critique passe en partie par le développement de la capacité de remettre en question les normes et les prescriptions de l’environnement et de la famille. Cela nécessite de maîtriser un langage commun composé de logique inférentielle et de l’art du débat, qui vient de la société que l’on critique. Le raisonnement critique lui-même est ainsi la preuve permanente que l’on appartient toujours à cette société. Par le simple fait de se distinguer de la meute, les adolescents montrent qu’ils en font partie.

Le raisonnement critique ancre les enfants dans la réalité, leur permettant ainsi de parvenir à l’individualité à leur façon. Les parents peuvent les y aider en soutenant leurs projets et en les encourageant à s’engager dans le monde qui les entoure.

L’héritage culturel, qui comprend la langue, la loi, la nourriture, l’art, les us et coutumes, les traditions et les connaissances scientifiques, représente une richesse extraordinaire, tout à la fois imposée et offerte. Enseigner aux adolescents la pensée et le raisonnement critiques leur permet de ne pas rejeter ce trésor en bloc, même s’ils s’en libèrent en partie. Le raisonnement critique rend le processus d’individualisation moins violente et moins douloureux pour les enfants comme pour les parents, grâce à l’équilibre entre l’assimilation de la culture et sa saine remise en cause.

En d’autres termes, le raisonnement critique, exprimé grâce à un savoir-faire argumentatif et logique et enraciné dans l’estime de soi et l’amour, ancre les enfants dans la réalité, leur permettant ainsi de parvenir à l’individualité à leur façon. Les parents peuvent les y aider en soutenant leurs projets et en les encourageant à s’engager dans le monde qui les entoure.

Le raisonnement critique prouve aux enfants qu’ils sont écoutés et acteurs de leur vie. Ils se retrouvent ainsi prédisposés à croire en l’avenir et dans les autres. Ils sont armés psychologiquement et intellectuellement pour imaginer un avenir avec les autres dans lequel ils entreprendront des projets communs et atteindront des objectifs importants.

 

6. L’analyse des sources

En résumé:

Les adolescents ont besoin de soutien pour affronter et analyser la désinformation et la tromperie en ligne. Ils doivent travailler à développer une lecture critique et de saines habitudes de navigation, et apprendre à identifier les différentes formes de raisonnement trompeur. On peut s’exercer en famille à analyser les informations fausses ou fallacieuses. 

Vers l’âge de 13 ans, les jeunes ont vraisemblablement déjà une bonne expérience de la navigation sur internet. Ils ont déjà tous largement utilisé de nombreux sites, pour trouver des réponses aux questions qu’ils se posent, préparer des exposés ou faire leurs devoirs.

Internet a démocratisé la transmission de l’information, permettant à qui le souhaite d’exprimer ses idées, opinions ou hypothèses sur de multiples plateformes. Les gens utilisent dans leurs « posts » un style affirmatif qui fait passer n’importe quelle déclaration, même douteuse ou spéculative, pour un fait bien établi.  

 

Les blogs personnels, les sites promotionnels des entreprises et les encyclopédies libres proposent tous des articles sur des sujets complexes, la plupart du temps sans que leur contenu ait été validé par des experts, dont les compétences de pensée critique et de raisonnement seraient très utiles.

Il semble que tout le monde ou presque ait tendance à accorder au moins une certaine valeur de vérité à tout ce que l’on trouve sur internet, surtout si le site a l’air crédible et utilise un langage châtié. Il s’agit de la même crédulité que pour ce que l’on entend à la télévision ou lit dans les journaux.

Il est donc important de faire prendre conscience aux adolescents du phénomène des « fake news » (« infox » en français) et de leur prouver par les faits que l’on trouve un grand nombre d’informations fausses, voire délirantes, sur le net.

Par exemple, on peut tomber sur des vidéos prétendant prouver que « l’atterrissage » de l’homme sur la Lune a été mis en scène par la NASA. Démonter ce type de théories du complot, avec l’aide des parents ou d’éducateurs, peut être un exercice très utile pour les élèves, tout comme discuter de ce qui rend certaines sources fiables ou pas. 

 

 

On pourrait ainsi montrer aux élèves un documentaire factuel sur cet alunissage, une vidéo prétendant que ce dernier a été simulé, et leur demander de déterminer lequel est le faux.

Pour cela, il leur faudra utiliser leur connaissances logiques pour voir si des erreurs d’inférence ont été commises. Ils devront aussi se demander qui a fait et commenté ces vidéos. Quelle est la réputation de cette personne ? Quelles sont ses qualifications professionnelles ? La crédibilité du documentaire est-elle discutée sur des forums ?

Démonter ce type de théories du complot, avec l’aide des parents ou d’éducateurs, peut être un exercice très utile pour les élèves.

En analysant ces sources, et d’autres similaires, on arrive à une des cinq situations possibles :

  1. L’auteur est de bonne foi mais ses raisonnements sont erronés. Il tire des conclusions infondées à partir de données fiables ; la conclusion est donc fausse. Par exemple, on a la preuve que des particules naissent dans le vide absolu, provenant de nulle part. Certains en concluent abusivement que c’est la preuve de l’existence de Dieu, puisque seul Dieu peut créer à partir de rien. Les données sont vraies, mais le raisonnement est faux et la conclusion ne peut donc pas en découler. La résolution de ce problème utilise la relation entre l’énergie et la masse dans l’équation E = mc2. Dans le vide, même la plus petite quantité de chaleur peut créer des conversions spontanées d’énergie pure en matière.

  2. L’auteur est de bonne foi et raisonne bien, mais en partant de données fausses. Ici l’auteur va arriver à de fausses conclusions, tout en raisonnant de façon irréprochable. Par exemple, on peut conclure que l’accélération induite par la force gravitationnelle est dépendante de la masse du corps qui tombe : en effet, si on lâche une pierre et une plume depuis un balcon, la pierre arrive au sol avant la plume. Ici, le problème provient de l’information initiale qui est fausse car négligeant le rôle de la résistance de l’air. L’observation sur laquelle le raisonnement s’appuie est donc fausse dans ce cas, et par conséquent la conclusion l’est aussi. En réalité, dans le vide, la plume et la pierre toucheraient le sol exactement au même moment.

  3. Il se peut aussi que les hypothèses ou observations de départ, comme le raisonnement qui en découle, soient tous erronés. Une conclusion erronée est alors très probable.

  4. Les auteurs cherchent délibérément à donner une fausse information, dans le but de vendre un produit, de nuire à quelqu’un (ou à un groupe ou à un pays), de se sentir importants en répandant une rumeur, ou de causer la souffrance morale d’autrui et s’en délecter sadiquement.

  5. La volonté de l’auteur de faire adhérer à une idée en utilisant un raisonnement qui semble se conformer à la logique mais qui comporte en réalité une ou plusieurs failles inférentielles, volontairement introduites pour prouver que la conclusion est objective car elle provient d’un raisonnement rigoureux. Les sophismes et les paralogismes relèvent de cette supercherie.

Il est très important d’exposer les adolescents à ces cinq sortes possibles d’erreurs ou de mensonges, et de réfléchir au moyen de les identifier par l’analyse du raisonnement de l’auteur, la remise en question des hypothèses ou des observations à la base de son raisonnement, ainsi que de ses intentions potentielles, en fonction du contexte du message. Par exemple, dans un contexte publicitaire, on peut comprendre qu’un constructeur de voiture ait intérêt à cacher le taux de pollution émis par le moteur des véhicules qu’il produit.

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Les raisonnements de Nasreddine

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Les paralogismes

7. L’esprit critique

En résumé:

La véritable pensée critique nécessite des connaissances de base. Les parents doivent aider leurs enfants à acquérir un savoir approfondi pour leur donner confiance ainsi que la capacité de remettre des sources en question et d’éviter une soumission irréfléchie à l’autorité.

La culture générale est aussi un puissant outil pour rester critique et sceptique face au flux d’informations. Elle permet de recouper les informations et de vérifier si une nouvelle donnée semble compatible avec ce que l’on connaît déjà.

Par exemple, si on essaie d’évaluer les débats au sujet de la récession causée par la crise financière mondiale de 2008, il pourrait être utile de connaître l’histoire des tentatives de stimuler la croissance économique grâce à la dépense publique, et en particulier les mesures prises pendant la Grande Dépression des années 1930. Les citoyens initiés à l’histoire sont bien plus armés que les autres pour évaluer et critiquer les propositions faites par les hommes politiques et les économistes de leur époque.

La culture générale permet également de ne pas sacraliser les sources, mêmes les plus sérieuses, sachant qu’une réflexion approfondie peut souvent ébranler les idées reçues.

Par exemple, dans sa théorie de la relativité générale, Albert Einstein a remis en cause la théorie de la gravitation universelle de Newton, alors que cette dernière avait apparemment été confirmée par un grand nombre d’expériences et d’observations. La culture générale d’Einstein et son indépendance d’esprit lui ont permis de postuler que la gravité était non pas une simple force mais une déformation de l’espace-temps au voisinage des astres. Depuis, des prédictions astronomiques observationnelles indépendantes ont toujours abondé dans le sens de la théorie de la relativité générale.

Considérer certaines sources comme sacrées peut être aussi dangereux qu’accepter sans critique tout ce qui vient d’internet ou d’ailleurs. C’est le même phénomène que l’on retrouve quand des livres religieux sont interprétés comme légitimant la violence ou l’intolérance.

L’interprétation d’une information, tout comme sa contextualisation culturelle, sociale, géographique et historique, sont indispensables à la formation d’un esprit critique. Mais penser de manière critique est difficile. Cela demande de l’entraînement, ainsi que des connaissances de base, pour déterminer la fiabilité d’une source, sachant que cette détermination n’est jamais ni absolue ni définitive.

Ces exemples montrent que si l’on doit éduquer les adolescents à vérifier leurs sources, il faut faire attention à ne pas accorder de crédit permanent et définitif aux informations ou connaissances, même si elles proviennent d’une source apparemment très fiable. Le raisonnement critique, tant qu’il ne mène pas au doute permanent ou à la paranoïa, est une véritable manière de vivre, permettant le progrès et la liberté.

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Vérification des faits

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Vérifier les sources

8. Raisonnement critique et progrès

En résumé:

Le raisonnement critique peut aider les enfants non seulement à apprendre à analyser le monde autour d’eux, mais aussi à agir pour le changer. Un bon raisonnement critique peut nourrir des centres d’intérêts constructifs, un engagement plus profond dans les questions de société, ainsi qu’un comportement de bon citoyen. De ce point de vue, le raisonnement critique est vital pour le progrès social.

Un objectif, ou un projet ou un rêve, est la rencontre entre d’une part une idée née d’un besoin ou d’un désir avec, d’autre part, une méthode, un « algorithme » pour transformer l’idée en réalité. Mais ces deux dimensions présentes dans chaque projet sont en réalité les deux faces d’une même médaille, les deux facettes de la créativité.

Comme nous l’avons vu, l’étincelle du raisonnement critique jaillit de l’estime de soi et de l’amour inconditionnel. Cette énergie est indispensable pour vivre dans la joie et, en même temps, dans l’insatisfaction permanente face au status quo. La joie de vivre est nécessaire pour empêcher cette insatisfaction de virer en dépression ou tout autre pathologie. Cette joie fournit l’énergie nécessaire pour transformer l’insatisfaction en idées et rêves de changement.

Mais pour qu’une idée se transforme en un projet capable de changer le monde, on a besoin de méthodologie ainsi que de rigueur logique et de qualités de communication. Elles permettent de faire comprendre le même problème dans les mêmes termes à un grand nombre de personnes, et de les faire converger vers le même objectif. Sans ces outils, les tentatives de résoudre le problème peuvent dégénérer en émotivité ou sectarisme.

 

La rigueur méthodologique trouve ses racines dans le raisonnement critique.

 

Une éducation à la pensée critique et au raisonnement est le meilleur moyen de s’assurer qu’un enfant peut accéder à une culture projet. Un projet, de même que la logique formelle que nous pouvons commencer à exercer à partir de 13 ans,  transforme le possible en réel.

 

Cette culture projet mène les enfants dans leur adolescence à rejoindre ou fonder des groupes actifs ou des associations. Agir au sein de tels groupes nécessite des compétences logiques et en communication, qui soutiendront leur développement ultérieur. Cela pousse ceux qui se lancent dans de tels projets à rechercher un équilibre entre affirmation de soi (assertivité) et écoute de l’autre, entre critique et intériorisation du discours de l’autre.

En ce sens, le raisonnement critique et l’élan qu’il inspire pour mener des projets sont une forme d’école de la citoyenneté. La critique rigoureuse et claire d’un système complexe (qu’il soit politique, scientifique, ou philosophique et théologique) est toujours un acte citoyen. Il bénéficie à tous.

Le raisonnement critique permet aux élèves d’atteindre leur potentiel intellectuel ; il les aide aussi à trouver du sens, et à travers ce sens, le bonheur.

En ce sens, le raisonnement critique permet aux élèves d’atteindre leur potentiel intellectuel ; il les aide aussi à trouver du sens, et à travers ce sens, le bonheur. Et enfin, il aide à cultiver le progrès et la cohésion sociale à travers l’action collective.

Ces liens entre le raisonnement critique, la conduite de projet et la citoyenneté devraient encore plus encourager les parents et les éducateurs à orienter les enfants vers cet esprit d’insatisfaction joyeuse, ainsi que vers l’art du raisonnement logique et de l’argumentation.

Si cette mentalité est acquise, les adolescents n’auront pas besoin de pressions venant d’en haut pour agir en tant que citoyens ou pour s’impliquer dans des projets de changements de société plus grands qu’eux. Il y a toujours le risque que, lorsque les parents exigent ce type d’implication comme une forme de corvée, les enfants le rejettent par principe.

Au lieu d’espérer que les enfants gobent ce qu’on leur propose, les parents doivent les encourager à rechercher la vérité, à apprendre à raisonner et à argumenter. Ceux qui les entourent, et la société toute entière, bénéficieront de leurs compétences, de leur indépendance et de leur état d’esprit.

Cas pratique 1

Les concepts d’intension et extension

À partir de l’âge de 13 ans environ, les élèves peuvent commencer à formaliser leur raisonnement en utilisant des définitions intensionnelles (par intension). Ces définitions formelles, qui sont internes aux concepts eux-mêmes plutôt que déduites de l’expérience, peuvent ouvrir un nouvel horizon pour le raisonnement et conduire à de nouvelles formes d’argumentations.

Voyons le scénario suivant :

Pendant la campagne présidentielle, Léa, 14 ans, défend un candidat qui, selon elle, est le seul valable. Le midi à la cantine, elle explique le programme du candidat en question à ses ami·es et dit qu’elle aurait bien aimé être en âge de voter et qu’elle harcèle ses parents pour qu’ils votent pour ce candidat.

Les arguments de Léa semblent convaincre ses camarades, mais Anaïs, assise en bout de table, finit par lancer :

«  De toute manière, comme disent mes parents, tous les présidents sont des menteurs ! Je ne voterai jamais. »

Les autres élèves présents acquiescent bruyamment. Surprise, Léa cherche une réponse mais reste sans voix.

La sonnerie retentit. Tous se lèvent pour rejoindre leurs cours.

En rentrant chez elle en fin de journée, Léa raconte la scène du déjeuner à sa mère et lui demande son avis :

« Tu aurais répondu quoi, toi, à Anaïs ? »

Si vous êtiez à la place de la mère de Léa, que répondriez-vous ? Quel raisonnement opposer à l’argument d’Anaïs qui semble un argument d’autorité ?

Deux manières permettent de déterminer si tous les présidents sont des menteurs ou pas :

  1. Méthode extensionnelle. Faire des recherches historiques sur les campagnes présidentielles, et rapprocher les promesses des candidats de leurs actions effectives une fois élus. Cette méthode permettra de déterminer si, au cours de l’histoire, les présidents ont tous menti. Ils l’ont peut-être fait. Mais même dans ce cas, l’argument d’Anaïs ne serait valable que pour le passé jusqu’au présent, sans préjuger de ce que sera l’avenir, et donc de ce que fera le prochain président. Léa pourrait donc défendre son candidat en disant qu’une fois élu, il ou elle sera différent des autres.

  2. Méthode intensionnelle. Faire des recherches en sciences politiques, démontrer que le système électoral et les institutions poussent les candidats à mentir pour se faire élire, et que cela fait partie des « règles du jeu ». Si cette démonstration était établie, il s’agirait d’un modèle valable pour le passé et pour l’avenir. Dans cette hypothèse, l’argument d’Anaïs serait valable pour le présent et pour l’avenir, si les institutions restent les mêmes. Notons cependant que cette méthode donne à Léa l’opportunité de raisonner plus subtilement. Tous les présidents peuvent finir par faire de fausses promesses ou par tromper le public sur certains points, mais nous pouvons faire la différence entre les mensonges délibérés et malintentionnés et ceux qui résultent des pressions dues à l’exercice de la fonction. Cela lui permettrait de trouver les failles dans la justification d’Anaïs pour ne pas voter, puisque certains candidats peuvent toujours se révéler plus honnêtes que les autres.

Cas pratique 2

Les erreurs de raisonnement

Utilisez ces exemples de raisonnements erronés pour introduire le vocabulaire logique et aider vos enfants à identifier les failles de raisonnement.


Ces exemples sont fondés sur le fameux exemple de raisonnement déductif que l’on doit à Aristote. Dans ces exercices, l’exemple d’Aristote est déformé de plusieurs manières, en utilisant soit de fausses informations soit un mauvais raisonnement. Demandez à vos enfants d’identifier précisément pourquoi ces arguments ne tiennent pas.

Voici quelques définitions des termes utilisés ci-dessous :

  • Les postulats sont des affirmations ou des informations sur lesquelles on fonde un argument (dans ces exemples, les deux premières lignes)
  • La conclusion (la troisième ligne des exemples) est l’affirmation qui résulte des postulats
  • Quand un argument est valide, cela signifie que sa conclusion découle logiquement de ses postulats
  • Quand un argument est solide, cela signifie à la fois qu’il est valide et que ses postulats sont vrais, et donc que sa conclusion est également vraie.

Ces exemples peuvent aider les élèves à décomposer un raisonnement en étapes logiques, à rendre ces étapes logiques de l’argument explicites pour eux, et à identifier où le raisonnement s’effondre. Le raisonnement critique doit nous aider à détecter les erreurs logiques et à reconnaître si elles nous conduisent à des conclusions erronées. Il faut cependant noter qu’un raisonnement faussé ne garantit pas toujours que la conclusion le soit aussi.

Raisonnement d’Aristote

« Tous les humains sont mortels.
Socrate est un humain.
Donc Socrate est mortel. »
Les postulats sont vrais, le raisonnement est valide et, par conséquent, la conclusion est vraie.

Exercises

  1. Tous les humains sont des femmes.
    Socrate est un humain.
    Donc Socrate est une femme.
    Un des postulats est faux, le raisonnement est valide, mais la conclusion est fausse.

  2. La moitié des humains sont des femmes.
    Socrate est un humain.
    Donc Socrate est une femme.
    Les postulats sont vrais, mais le raisonnement est non valide, et la conclusion est fausse.

  3. La moitié des humains sont des hommes.
    Socrate est un humain.
    Donc Socrate est un homme.
    Les postulats sont vrais, le raisonnement est non valide, mais la conclusion est vraie.

Cas pratique 3

Individualisation et appartenance

La pression des pairs se révèle dans les groupes sociaux adolescents, alors que les enfants tentent d’affirmer leur indépendance de leurs parents et construisent leur propre identité à travers leur implication dans ces groupes. Cela peut conduire à un certain nombre de problèmes paradoxaux, les enfants étant tiraillés entre une conscience de soi émergente et un besoin d’appartenance. Même si leurs enfants cherchent à se séparer d’eux, les parents peuvent proposer leur aide et leur soutien pour régler une partie de ces conflits.

 

Étudions le scénario suivant :

David, 12 ans, vient de faire sa rentrée en sixième dans un grand collège du centre-ville. Il est un peu perdu et se joint à un groupe de garçons de son âge, pendant les cours et les récréations. Ils apprennent à se connaître au fil des semaines.

À la fin du mois d’octobre, un des garçons propose aux autres de marquer leur appartenance au groupe en dessinant, de manière bien visible, une tête de mort et des os en croix au feutre permanent sur leurs sacs à dos. En quelques jours, tous les garçons du groupe affichent fièrement ce dessin à l’avant de leur sac à dos, tous sauf David. Il adore son sac à dos, qu’il a choisi lui-même et que ses parents lui ont offert pour cette rentrée. De plus, il n’a jamais été particulièrement attiré par les squelettes, et la tête de mort et les os en croix ne représentent rien de spécial pour lui.

Alors que le groupe est réuni dans la cour à la récréation un vendredi matin, un des garçons s’approche de David et le menace : « Si tu ne dessines pas la tête de mort et les os sur ton sac à dos, on t’exclut du groupe ! » Les autres enfants approuvent.

Pendant tout le week-end, David se retrouve face à un dilemme. Soit il garde son sac à dos tel qu’il l’aime, même si cela signifie être exclu du groupe, soit il dessine la tête de mort et les os pour montrer qu’il en fait partie.

 

Le dimanche soir, il décide d’en parler à ses parents. Si vous étiez à leur place, quels conseils donneriez-vous à David ?

Lors du dîner, son père lui donne son avis :

« David, tu ne devrais pas penser que ce problème n’a que deux solutions. Dis à tes copains qu’aucune des deux options ne te convient, et que tu as une autre idée. »

– Ça ne marchera pas. Ils m’ont dit que c’était l’une ou l’autre », répond David.

« Tu devrais quand même essayer » suggère sa mère.  « Dis-leur que tu aimes vraiment faire partie du groupe, et que tu les apprécies comme copains, mais que tu ne veux pas abîmer ton nouveau sac à dos avec un dessin. Dis-leur que, dans un groupe, chacun a sa liberté et qu’on n’est pas obligé de faire toujours tous pareil. Demande-leur de te laisser rester dans leur groupe, auquel tu tiens, sans avoir à faire quelque chose que tu ne veux pas. C’est une troisième solution. »

Dans cette situation, le groupe de garçons veut que David montre qu’il en fait partie en adoptant un code commun. David subit une pression pour s’y conformer et doit prendre une décision. La solution la plus confortable pour lui serait de céder à la pression du groupe. Ou alors, il pourrait camper sur sa position et refuser, mais cela lui causerait sans doute de la peine car il devrait subir la désapprobation du groupe et une exclusion possible.

Le groupe ne supporte pas la non-conformité, car elle menace son existence-même. Pourtant, à terme, résister à la pression du groupe peut jouer en faveur de David, dont l’indépendance forcera le respect des autres et renforcera son estime de soi.

Il n’y a pas de « bonne décision ». Tout dépend du niveau d’estime de soi de David, qui déterminera sa capacité à assumer les conséquences de ses choix.

Cas pratique 4

Les raisonnements de Nasreddine

Nasreddine*, un personnage très célèbre du monde arabo-musulman, est l’auteur d’histoires parfois absurdes. On peut s’amuser à les lire en famille et à réfuter ses raisonnements biaisés, faits pour aiguiser nos facultés de raisonnement critique et notre capacité à déjouer les sophismes. Identifier les failles dans les raisonnement de Nasreddine est un jeu logique très utile et un bon moyen d’introduire les concepts logiques. Invitez vos enfants à montrer où Nasreddine s’est trompé, et à trouver des exemples équivalents, utilisant le même raisonnement biaisé, tirés d’événements récents ou de la vie courante.

 

Les Tigres

Un matin, très tôt, Nasreddine était occupé à jeter du sel tout autour de sa maison.

– Mais que fais-tu, Nasreddine, avec tout ce sel ? lui demande son voisin.

– J’en mets autour de ma maison pour éloigner les tigres.

– Mais il n’y a pas de tigres ici.

– Eh bien, c’est la preuve que le sel a fait son effet !

La lune et le soleil

Un jour, on demanda à Nasreddine :

– Dis-nous, Nasreddine, de la lune ou du soleil, qui est le plus utile ?

– La lune, bien sûr, répondit-il sans hésiter.

– Et pourquoi ?

– Parce que la lune apparaît la nuit, et c’est pendant la nuit qu’on a le plus besoin de lumière.

La force de la vieillesse

Nasreddine arriva un jour au café, l’air fier et heureux.

– Eh bien, Nasreddine, lui lancèrent ses amis, on dirait que tu viens de découvrir un trésor.

– Beaucoup mieux, beaucoup mieux, leur répondit-il. J’ai soixante-dix ans et je viens de découvrir que j’ai toujours la force que j’avais à vingt ans.

– Et comment as-tu découvert cela ?

– C’est simple ! Vous voyez l’énorme pierre qui est devant ma maison ? Eh bien, à vingt ans, je n’arrivais pas à la bouger.

– Et alors ?

– Aujourd’hui, j’ai essayé, je n’y suis pas arrivé non plus, exactement comme à vingt ans.

* Voir notamment « Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage », Jihad Darwiche, David B.2000. Albin Michel.

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Cas pratique 5

Les paralogismes

Les paralogismes sont des arguments fallacieux qui font appel à des faits trompeurs, partiaux, ou non pertinents. Ci-dessous, nous présentons les principales stratégies utilisées dans les paralogismes. Demandez à vos enfants d’expliquer en quoi les affirmations tordent les faits, ou tentent d’influencer leur public de manière trompeuse. Utilisez ces exemples comme points de départ pour discuter d’autres cas tirés de la vie publique, de la publicité ou des conversations quotidiennes.

 

1. Détecter les paralogismes dans les affirmations suivantes et expliquer en quoi ces raisonnements sont erronés.

 

  • Si la cigarette était dangereuse pour la santé elle serait interdite.
    La cigarette n’est pas interdite.
    Donc la cigarette n’est pas dangereuse pour la santé.
  • Si je suis malade, je vais chez le médecin.
    Je ne vais pas chez le médecin.
    Donc je ne suis pas malade.
  • L’agriculture intensive permet de nourrir l’ensemble des êtres humains.
    L’agriculture biologique n’est pas une agriculture intensive.
    Donc l’agriculture biologique ne permettra pas de nourrir l’ensemble des êtres humains. »

2. Trois faux dilemmes sont présentés ci-après. Pourquoi ces dilemmes apparents n’en sont-ils pas ?

  • Un ami proche, qui s’apprête à plonger dans un lac gelé un soir de réveillon, dit : « Qui m’aime me suive. »
  • Un homme politique à la veille d’une élection dit  : « C’est moi ou le chaos. »
  • Un slogan publicitaire pour des chaussures de sport de la marque Baskets clame : « Les gens cool portent des Baskets. »

    3. Les raisonnements biaisés ou faux utilisent souvent des généralisations abusives. Comment pouvons-nous contredire les affirmations suivantes ?

    • Un député vient d’être mis en examen pour fraude fiscale : « Vous voyez, tous les hommes politiques sont corrompus. »
    • « L’hypnose, ça marche pour arrêter de fumer. Mon frère a réussi à arrêter de cette manière. »
    • « Les réseaux sociaux sont la meilleure manière de trouver l’amour. Plusieurs couples autour de moi se sont rencontrés comme cela. »

    4. Se méfier des « arguments d’autorité », en particulier ceux qui circulent sur internet.

    « De nombreux scientifiques contestent le phénomène du réchauffement climatique. » Qui sont ces « nombreux scientifiques » ? Sur quelles études scientifiques se basent-ils ? Ont-ils des liens personnels, politiques ou économiques avec des personnes ou des organisations qui ont intérêt à contester le réchauffement climatique ? Autant de questions à se poser avant d’accepter un argument.

    5. Les arguments fondés sur le nombre

    • « Le clip de ce chanteur a déjà 500 000 vues sur internet. » Qu’est-ce que cela dit de la qualité de sa musique ?
    • « Le dernier téléphone X93, déjà adopté par 2 000 000 de personnes à travers le monde. » Cela veut-il dire que cet appareil répondra à mes besoins ? Est-ce un gage de qualité ?

    6. Les arguments fondés sur la peur

    « Tu dis que tu voudrais réduire les dépenses militaires pour avoir plus d’argent pour l’éducation, mais sans une armée forte notre pays peut être attaqué et détruit »

    Cas pratique 6

    Vérification des faits

    Plusieurs médias proposent un service de vérification des faits (« fact checking »). Il est intéressant de les consulter avec les adolescents et de se questionner sur la manière dont les médias peuvent parfois déformer la vérité. Ces services peuvent donner une idée des techniques utilisées par diverses organisations ou par des acteurs malveillants, ainsi que des biais qui peuvent fausser l’information émise par d’autres. Discuter de ces exemples avec vos enfants peut aider à leur faire prendre conscience des différents pièges utilisés pour manipuler le public, et à affiner leur compétences analytiques et critiques.

    Voici quelques liens vers des sites fiables de vérification des faits :

    Étudier les informations vérifiées par ces sites peut être un exercice intéressant. Voici deux exemples réels tirés du blog Factuel de l’Agence France Presse :

        

    Cas pratique 7

    Vérifier les sources

    Les jeunes reçoivent de l’information de partout : réseaux sociaux, emails, SMS, journaux, télévision, vidéos sur internet, etc. Inondés par cette masse d’information, dont une grande partie arrive par des amis dont on a tendance à respecter le jugement ou l’approbation, il est très facile d’accepter passivement ce que l’on voit ou lit. Les jeunes doivent donc apprendre à travers des exemples à résister à cette tendance et à analyser soigneusement les médias auxquels ils sont exposés tous les jours.

    Il est important que les parents les accompagnent dans ce travail d’analyse, pour pouvoir leur apprendre à évaluer ces sources d’information de manière critique, et à éviter de se faire induire en erreur. Vous trouverez ci-dessous une série de questions que vous pouvez appliquer à de nouvelles sources d’informations avec vos enfants. Elles s’appliquent à tous les médias (internet, magazines, TV, radio, etc.) Nous avons divisé ces questions en deux catégories : questionner la source, et questionner le contenu.

    1. Questionner la source

    1. Quelle est la source ? Est-elle fiable ?

      Il suffit parfois d’un simple coup d’œil à ses caractéristiques visibles pour douter d’une source.

      Il existe de nombreux sites de désinformation dont le nom ou l’url (comme par exemple stopmensonges.com) devrait alerter les lecteurs sur leur manque de fiabilité. De plus, si un site internet semble mal conçu et mal administré, affiche de nombreuses coquilles ou des défauts de mise en page, on peut se dire qu’il y a peu de chances qu’il soit fiable même s’il ne pratique pas la désinformation volontairement.

      Les infox peuvent également provenir de sites au nom plus crédible (comme par exemple sante-nutrition.org) et au design plus convaincant. Mais une recherche internet permet généralement d’obtenir l’information sur le caractère frauduleux de cette source, de la part de sources qui sont, elles, fiables. Voici par exemple le Décodex des Décodeurs du Monde, qui permet de vérifier la fiabilité d’un site internet.

      Exercez-vous avec vos enfants à déterminer la fiabilité de différents types d’informations.
    1. À qui appartient la source ? Qui en finance le contenu ?

      Quand on évalue une source, il est également possible de rechercher des détails la concernant, comme par exemple qui la possède, qui finance son contenu, ou qui la soutient via la publicité. De cette manière, on peut souvent identifier les biais potentiels ou les tentatives d’influencer le lecteur qui ne seraient pas claires à première vue. Des sources sérieuses peuvent également vendre de l’espace publicitaire à des sponsors qui ont des intérêts évidents dans le type d’information présentée, et dans la manière dont elle est présentée.
    1. Qui est l’auteur du contenu ? Quelles sont ses références ? Quels peuvent être ses biais potentiels ?

      En plus des questions que l’on doit se poser sur le média, il est important de savoir qui a écrit tel article ou telle tribune d’opinion, quelles sont ses raisons de le faire, et quelle est son expertise dans le domaine en question. En faisant cela, on peut déterminer la fiabilité de l’information proposée, les possibles orientations ou biais avec lesquels elle est présentée, et quels intérêts (financiers ou autres) a l’auteur à ce que ce sujet soit traité. Les sites internet les plus fiables indiquent généralement au minimum la formation des auteurs de tribunes, et une recherche internet permet souvent d’obtenir plus de détails.

      Il est également important d’aider les élèves à comprendre que les biais potentiels d’un auteur ne rendent pas nécessairement non valable le contenu de ce qu’il écrit. Le raisonnement critique ne doit pas conduire à un rejet automatique de toutes les opinions potentiellement orientées. Un penseur raisonnable et indépendant prend plutôt en compte les biais potentiels quand il évalue un contenu, et les pèse avec d’autres facteurs tels que la force de l’argument et les preuves avancées.

    2. Questionner le contenu

    1. Quel est le type de contenu proposé ? Quel est le sujet débattu ?

      Avant de se lancer dans l’analyse du contenu d’une source donnée, il est important d’identifier de quel type de contenu il s’agit. La manière dont on analyse une publicité est très différente de celle dont on analyse un reportage ou une tribune d’opinion.

      Il est également important que les élèves soient capables d’identifier quand une source particulière cherche délibérément à brouiller les frontières entre les catégories. Par exemple, ce qu’on appelle les « publi-rédactionnels » donnent à une publicité ou une promotion l’apparence d’une tribune ou d’un article.

      De même, des reportages présentent l’information d’une manière biaisée ou trompeuse, en essayant de persuader le lecteur de quelque chose, sans qu’il soit réellement évident qu’ils sont en fait en train d’exposer une opinion, et non de la simple information.

    1. Quelles sources sont à l’origine de l’information ou de l’argument ? Sont-elles fiables ?

      Même si nous sommes convaincus de la fiabilité d’une source que nous consultons, il peut valoir le coup de vérifier ses propres sources d’information. Si un contenu en particulier cite des faits sans fournir leur source, il est justifié de se poser des questions sur cette information. De plus, les élèves devraient prendre l’habitude de suivre les liens et les citations pour vérifier que cette information secondaire vient d’une source fiable et que le contenu d’origine la décrit correctement.
    1. Quels sont les arguments principaux ? Sont-ils solides et sains ? Sont-ils cohérents entre eux ?

      Les sources médiatiques utilisent une grande variété de moyens pour convaincre leur public d’un point ou d’un point de vue particuliers. Il est important de s’exercer à rester conscients de ces moyens, et de leur validité.

      Si un article ou une vidéo ne s’appuie que sur des réactions émotionnelles ou des images fortes pour faire sa démonstration, sans avancer d’argument, on doit rester sceptique. D’un autre côté, quand un argument est exposé, il faut que les enfants soient entraînés à le décomposer et l’analyser. Les parents et les enfants peuvent s’exercer à décomposer les arguments en postulats et conclusions, à évaluer si les preuves des postulats sont solides et si les conclusions en découlent rationnellement.
    1. Comment argumenter face à la position avancée ?

      Un autre exercice important à pratiquer, même quand on est d’accord avec la position présentée, est de se demander comment on pourrait la contredire. Cela peut aider à identifier les points faibles d’un argument, et à montrer à quel moment les preuves, même si elles sont valides, ne soutiennent pas forcément le point de vue avancé. Pour cela, il est utile de rechercher des articles développant le point de vue opposé mais s’appuyant sur les mêmes faits, de discuter des mérites de chaque article et de la manière dont on pourrait défendre et contredire chacun d’eux.

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