Introduction générale
3 – Les dimensions du raisonnement critique

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3 – Les dimensions du raisonnement critique

Introduction générale

3 – Les dimensions du raisonnement critique

Plus que simplement raisonner correctement, le raisonnement critique implique le très bon fonctionnement d’un certain nombre de facultés psychologiques, émotionnelles et sociales différentes.

Par conséquent, l’étude du développement du raisonnement critique fait intervenir toutes les branches de la psychologie, des sciences cognitives et des neurosciences.

  1. La dimension cognitive, soit la manière dont se structurent les facultés attentionnelles, les représentations mentales et les apprentissages. Le raisonnement critique met en œuvre les facultés de raisonnement, d’argumentation et de compréhension des arguments d’autrui, ainsi que la faculté de perception de soi.
    Le raisonnement critique concerne également ce que l’on appelle les « biais cognitifs ». Souvent formés pendant l’enfance, ces biais cognitifs sont des tendances qui nous poussent à l’erreur ; il s’agit par exemple du fait d’utiliser un seul contre-exemple pour rejeter une généralité. Considérons la proposition que « Les labradors sont des chiens gentils ». Quelqu’un pourrait raconter l’histoire d’un labrador agressif et conclure que « Les labradors ne sont pas des chiens gentils ». Ce biais cognitif peut facilement devenir source de conflit, la personne qui considère que les labradors sont gentils pouvant interpréter le contre-exemple comme de la mauvaise foi, ou une tentative d’induire les autres en erreur pour les dominer.

  2. La dimension psychologique, c’est-à-dire les aspects conscients et inconscients de la vie affective et de l’image de soi. Le raisonnement critique n’est possible, dès le plus jeune âge, que si l’on dispose de suffisamment d’estime de soi pour se penser comme sujet digne de raisonner par lui-même. Cela nécessite à la fois de l’amour et l’établissement de certaines limites pendant l’enfance.

    L’estime d’eux-mêmes donne aux enfants l’assurance qui leur permet de se fier à leur propre réflexion, plutôt que d’adopter sans réfléchir les attitudes des autres. Cela leur permet également d’avoir de l’influence dans une discussion : leurs critiques et leurs opinions ne peuvent avoir d’impact sans suffisamment d’assurance pour les faire entendre.

  3. La dimension émotionnelle,c’est-à-dire les réactions affectives provoquées par une stimulation issue de notre environnement ou de nos propres actions. Pour être capables de raisonnement critique, nous devons être suffisamment capables de gérer nos propres émotions pour dépasser attirances, distractions et pulsions.Nos réactions émotionnelles révèlent très vite notre personnalité. Préserver l’équilibre entre les dimensions cognitives et émotionnelles du raisonnement dépend de la stabilité psychologique. Ainsi, une personnalité paranoïaque peut rapidement interpréter une défaillance logique ou argumentative de son interlocuteur comme une tentative de la manipuler plutôt que comme une erreur commise en toute honnêteté. Les enfants ou les adultes ayant une faible estime d’eux-mêmes peuvent se trouver paralysés par leurs émotions, et par conséquent, incapables de faire valoir leurs arguments.Nos émotions, quand elles sont excessives et incontrôlées, peuvent affaiblir nos facultés cognitives et nos capacités de raisonnement critique, abaissant le niveau de qualité du débat et laissant le champ libre aux biais cognitifs. Ces derniers, en particulier s’ils sont pris pour de la malhonnêteté, peuvent à leur tour provoquer des réponses émotionnelles excessives chez l’interlocuteur, transformant alors un débat rationnel en dispute.

  4. La dimension sociale, qui recouvre les rapports de l’individu aux autres membres de la société, dans un système culturel fait de normes et de règles. Le raisonnement critique nécessite, dès le plus jeune âge, des conventions qui établissent et transmettent la liberté de penser et l’individualité. Dans les cultures et systèmes idéologiques qui affirment les idéaux de la pensée autonome et de l’esprit critique, ce n’est pas avant 10-12 ans, au collège, que les systèmes éducatifs commencent à mettre l’accent sur cet aspect : argumentation en classe de français, démonstration et logique en mathématiques à partir de la classe de quatrième, débats… Mais les choses commencent à changer. Par exemple, l’introduction – trop rare – de débats philosophiques dès la maternelle rencontre un succès certain. Les élèves en raffolent, et sont capables de discussions remarquablement pertinentes.
    Si les émotions, la personnalité et l’estime de soi influent beaucoup sur le raisonnement critique, encore plus que nos facultés cognitives de raisonnement et d’argumentation, il demeure une dimension tout aussi décisive : les différentes cultures dans le monde, ou les différentes générations au sein d’une même société, ne partagent pas toutes la même norme sociale du raisonnement critique. L’assertivité, le fait de savoir se mettre en avant dans un groupe social et le fait de penser par soi-même, ne sont pas des valeurs universelles. Un élève n’aura aucune chance de remettre en question la parole d’un professeur si ce dernier est vénéré au plus haut point. Même si cet élève est logique, cultivé, s’estime et sait gérer ses émotions, le raisonnement critique peut ne jamais faire partie de sa panoplie psycho-comportementale sans certaines valeurs culturelles établies

Développer le raisonnement critique chez l’enfant et l’adolescent engage les parents et les éducateurs dans ces quatre directions. C’est ainsi qu’ils vont commencer à instiller chez les enfants la capacité de penser sur leur propre pensée. Cette pratique, appelée « métacognition », est une condition préalable cruciale pour développer les compétences analytiques, centrales dans le raisonnement critique. Il est possible – et important – de développer ces compétences critiques grâce à la métacognition chez les enfants à partir de huit ans ; pour les plus jeunes, il est bien plus important de travailler d’abord sur l’estime de soi.

La métacognition est la capacité à penser ses propres mécanismes de pensée et ses propres processus cognitifs en général.

Si des enfants qui pensent qu’il est mal de manger de la viande reconnaissent qu’ils ont pu adopter cette opinion parce qu’elle est à la mode, plutôt que pour des considérations morales, alors ils pensent sur leur pensée.

Par la métacognition, un enfant accepte qu’une idée n’est pas absolue. Il doit alors trouver le moyen de convaincre les autres. C’est la conscience de la nécessité d’argumenter. De plus, la métacognition l’incite à écouter les arguments des autres et donc à réfléchir avant de les accepter ou de les rejeter. Très vite, les modes de pensée argumentatifs se renforcent et deviennent source de plaisir.