Introduction générale
2 – Définir le raisonnement critique

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2 – Définir le raisonnement critique

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2 – Définir le raisonnement critique

Le raisonnement critique est une démarche de remise en question des opinions, valeurs, arguments, théories ou représentations, à travers l’examen de leur qualité intrinsèque (forme logique, argumentation, richesse documentaire), ou de la fiabilité et de la crédibilité de leur source.

Le raisonnement critique ne cherche pas seulement à mettre en lumière des erreurs de raisonnement. Il attire également l’attention sur des arguments faibles, non décisifs, ou délibérément trompeurs, qui exploitent certaines de nos tendances psychologiques et provoquent des erreurs d’interprétation. C’est ce type d’argument qui crée des écarts de logique ou utilise une simple anecdote comme « preuve » d’une vérité générale.

Nos limites cognitives et nos préjugés psychologiques font que nous pouvons tout mal interpréter, à tout moment et dans toutes les situations. Cela s’applique autant aux médias de masse qu’aux conversations personnelles, comme au contenu d’un cours de philosophie ou de science. Même dans un monde dans lequel nous serions tous parfaitement rationels et logiques, où personne ne ferait preuve de mauvaise foi et où l’honnêteté serait généralisée, nous aurions tout de même besoin de développer nos capacités de raisonnement critique pour nous aider à dépasser nos autres limitations.

Notre langue et nos sens ne sont pas parfaits, et peuvent parfois nous laisser avec de fausses impressions. De plus, les concepts que nous utilisons pour réfléchir et parler peuvent changer dans le temps, ou ne pas être partagés par des personnes de culture différente. Inévitablement, nous développons dès notre enfance des postulats et des préjugés qui vont marquer notre expérience. C’est ainsi qu’à cause de concepts ou de postulats de départ différents, un même ensemble de faits pourra conduire à des conclusions ou des opinions différentes.

Par exemple, des groupes différents pourraient accorder des valeurs relatives différentes à la stabilité culturelle et à la richesse matérielle ; de ce fait, le même ensemble de faits et la même théorie économique pourraient conduire à des conclusions différentes sur la manière d’allouer les ressources ou sur les projets publics à mener.

Même des sciences dites « pures » comme les mathématiques sont concernées. Des postulats ou des axiomes fondamentaux peuvent se révéler faux, et les raisonnements longs et compliqués fondés sur eux peuvent donc être à l’origine d’erreurs, quelle que soit la solidité de ces raisonnements en eux-mêmes. Même quand un mathématicien a démontré un théorème, les spécialistes du domaine peuvent prendre plusieurs années à examiner et valider cette démonstration.

Deux autres aspects du raisonnement mathématique doivent être soulignés. Le premier concerne l’applicabilité des concepts utilisés. Un travail mathématique peut ne comporter aucune erreur et pourtant ne conduire nulle part. C’est ce que l’on observe dans la relative stagnation de la physique théorique depuis l’avènement de la relativité générale et de la mécanique quantique , qui s’explique sans doute par une impasse conceptuelle. Deuxièmement, et c’est paradoxal, les règles logiques de déduction en mathématiques ont été critiquées et le sont encore aujourd’hui. De pans entiers de la science et de la technologie ont vu le jour grâce à ce que l’on nomme « les logiques non classiques ».

Ainsi, même en présence de sources d’information fiables, de raisonnements corrects et d’arguments solides, le raisonnement critique est légitime, en réalité indispensable, tout le temps et partout.