de 5 à 9 ans
Gestion des émotions

de 5 à 9 ans
Gestion des émotions

Cas pratique 6

Gestion des émotions

En plus de considérer objectivement leurs expériences et leurs raisonnements, à cet âge-là les enfants devraient commencer à réfléchir sur leurs émotions et à apprendre des stratégies pour les gérer. Sans ces facultés, ils seront continuellement submergés par ces émotions, qui les empêcheront de réfléchir correctement. L’anecdote ci-dessous peut-être utilisée comme modèle par les parents qui souhaitent aider leur enfant à apprendre à exprimer et gérer ses émotions, et à réfléchir clairement malgré des réactions émotionnelles fortes.

Eddy, sept ans, est en vacances au bord de l’océan avec ses parents. Ces derniers proposent une excursion de quelques heures en bateau jusqu’à une île voisine. Là, ils pourront visiter le phare.

Eddy, qui est en train de jouer avec ses figurines, refuse de se préparer pour l’excursion comme le lui demandent ses parents.

« Je n’ai pas fini de jouer ! Je veux rester ici », s’exclame-t-il.

– Tu peux jouer avec tes figurines toute l’année à la maison, Eddy, alors qu’une balade en bateau c’est quelque chose d’exceptionnel, que l’on ne peut faire qu’en vacances », argumente sa mère. « Allez, dépêche-toi de mettre tes chaussures et de prendre ton sac. Prends aussi un gilet, il peut faire froid en mer. »

Alors que ses parents sont prêts, Eddy n’a pas bougé. Il continue de jouer en leur tournant le dos.

«  Eddy maintenant ça suffit, tu te lèves, tu te prépares, et on y va », ordonne son père en haussant légèrement le ton.

Sans les regarder, Eddy éclate en sanglots.

«  Je ne veux pas aller sur un bateau ! J’ai peur de tomber à l’eau ou que le bateau coule. Il y a des requins. Et puis j’ai peur de nager quand je n’ai pas pied et quand c’est trop profond », dit-il d’une voix chevrotante.

« Tu aurais dû le dire tout de suite, Eddy ! Je n’avais pas compris que le bateau t’inquiétait. Je n’y avais même pas pensé. Mais tu sais, c’est normal d’avoir peur la première fois. Et puis l’océan c’est impressionnant, c’est sûr. Voilà ce que je te propose : nous allons regarder ensemble la météo marine. J’ai vérifié tout à l’heure, c’est une très belle journée avec une mer très calme. Et puis il n’est pas question de se baigner au large. Nous irons nous baigner en rentrant, en fin d’après-midi, à notre plage habituelle. Et sur le bateau, nous aurons de gilets de sauvetage, ce sera impossible de se noyer ! Est-ce que tu es rassuré ?

– Oui… Mais je ne veux pas que tu me prennes pour un trouillard…

– Il n’y a aucune honte à avoir peur. C’est un sentiment naturel qui nous sert à nous protéger des dangers. Il faut toujours le dire lorsque tu as peur. Si tu n’exprimes pas ce que tu ressens, je ne peux pas le deviner ! »

Dans cette situation, après un moment de flottement, Eddy a su exprimer sa peur. Ses parents accueillent cette émotion et argumentent à partir de ce sentiment pour le rassurer avec des éléments concrets et objectifs, qui l’aident à comprendre ce qu’il ne connaît pas. De cette manière, il pourra se sentir en totale sécurité sur le bateau.

Si Eddy n’avait pas exprimé sa peur, par crainte du jugement, de la colère voire des moqueries de ses parents, la situation aurait pu prendre la tournure suivante :

  • il aurait refusé catégoriquement de faire cette excursion et ses parents auraient dû soit le forcer, soit renoncer à la sortie ;
  • il aurait obéi sans rien dire mais avec des angoisses qui auraient gâché la sortie.

Bien que gérer et exprimer ses émotions puisse sembler éloigné du raisonnement critique, le fait que les enfants aient suffisamment confiance en eux pour reconnaître et accepter leurs émotions est une condition préalable indispensable à une réflexion critique et indépendante. Sinon, ils sont incapables de mettre leurs émotions de côté afin de réfléchir à des questions ou des scénarios compliqués d’une manière claire et non biaisée.