de 5 à 9 ans
Préparer votre enfant à la pensée critique

Cas Pratique 3

Nouvelles perspectives et dépassement des biais

Les anecdotes suivantes montrent comment les parents peuvent utiliser des événements de la vie courante pour aider leurs enfants à mieux comprendre et considérer d’autres points de vue que les leurs. Pour pouvoir penser de manière critique, les enfants doivent être capables de s’extraire de leur propre expérience et de leur propre point de vue, par l’imagination et l’empathie. Ils commencent ainsi à prendre conscience des limitations que leur éducation et leur milieu leur impose nécessairement.

C’est une part vitale de la métacognition car elle permet aux enfants de se voir, de voir leurs attitudes et leurs idées comme de l’extérieur. Ils améliorent leurs capacités de dépasser les biais, les préjugés et les erreurs de raisonnement. Ce processus leur permet aussi d’envisager le point de vue des autres et, dans le futur, de participer dans des discussions et des débats avec plus de tolérance et de nuance. Au final, cela les encourage à rechercher de nouvelles expériences et de nouveaux points de vue, et à développer leur curiosité intellectuelle.

Dans la première anecdote, une petite fille apprend à élargir son horizon grâce à l’interaction avec un autre enfant dont l’expérience est différente de la sienne. Dans la seconde, un petit garçon découvre que l’attitude que l’on a vis-à-vis de certains objets dépend fortement du contexte dans lequel on en fait l’expérience.

La peur des chiens

Jeanne a huit ans et elle vit dans un petit village de Normandie. Ses parents ont plusieurs animaux, dont deux labradors.

Max, le cousin de Jeanne, a neuf ans et demi et vit dans le centre de Paris.

Max est toujours heureux de rendre visite à Jeanne ; ils jouent ensemble dehors, imaginent des aventures et grimpent aux arbres. Mais il a terriblement peur des deux grands chiens de Jeanne ; quand ils s’approchent de lui, il pousse des hurlements et court se réfugier dans la maison. Ces situations font beaucoup rire Jeanne qui se moque de son cousin, le traite de « trouillard » et invente des stratagèmes pour que Max se retrouve en présence des chiens.

Jeanne n’a pas conscience que, contrairement à elle, Max n’est pas habitué à la présence d’animaux dans son environnement quotidien. Elle interprète l’attitude de Max uniquement à la lumière de sa propre expérience.

Que feriez-vous à la place des parents de Jeanne ?

Le soir à table, la mère de Jeanne lui demande d’arrêter d’embêter Max et explique qu’il n’a pas l’habitude des animaux car son mode de vie est différent.

Elle demande à Max de décrire la vie en ville. Max raconte son quotidien, et notamment le fait qu’il prend le métro seul le matin pour aller à l’école qui se trouve à deux stations de chez lui.

Jeanne blêmit : « Tu prends le métro tout seul ? Je ne pourrais jamais faire ça, j’aurais trop peur de me perdre. »

Sa mère lui dit alors : « Tu vois, Jeanne, tu t’es fait piéger, tu pensais que ton cousin était comme toi. Nous sommes tous différents. Tu dois t’en souvenir à l’avenir car tu as un peu tendance à l’oublier. »

La discussion engagée a donné à Jeanne l’occasion de dépasser son égocentrisme en prenant conscience qu’elle et Max vivaient dans des mondes différents. Ainsi, elle comprend que même si Max a peur des chiens (contrairement à elle), il est capable d’actions qui l’intimident, comme prendre le métro tout seul. Elle peut alors porter un regard critique sur sa manière de penser grâce à un exemple « méta » de ses propres représentations du monde et, au final, changer d’attitude vis-à-vis de son cousin.

En tant que parents, nous devrions rechercher ce genre d’occasions et en tirer profit pour ouvrir nos enfants à de nouveaux points de vue, notamment en ce qui concerne les préjugés non remis en cause qu’ils pourraient avoir sur leurs camarades ou des étrangers. Ils apprendront progressivement à identifier et se prémunir de ces tendances que nous avons tous à généraliser imprudemment à partir de notre expérience limitée. De plus, ils développeront la capacité de voir les choses selon d’autres perspectives, et de s’intéresser à ce qui existe en dehors de leur cadre étroit.

La peur des orties

Joseph a récemment fait un voyage de classe à la campagne. Avant une promenade, le professeur a prévenu ses élèves de rester à distance des orties qu’ils allaient rencontrer. Ces orties piquantes peuvent causer des démangeaisons désagréables et des brûlures.

Quelques jours plus tard, Joseph découvre que ses parents ont prévu une soupe d’ortie pour le dîner. L’eau bouillante permet de toucher et de manger les orties sans risque. Mais il refuse d’en manger, car son expérience lui a enseigner de garder les orties le plus loin possible de son corps, et a fortiori de sa bouche.

Tout d’abord, Joseph refuse avec force d’y goûter et insiste pour avoir une pizza à la place. Mais ses parents restent fermes et lui montrent que la soupe ne présente aucun risque en en mangeant eux-mêmes. Finalement, Joseph cède et goûte la soupe. Il se rend compte que cela ne lui fait aucun mal, et même, à sa grande surprise, qu’il aime ça.

Les enfants qui ne savent pas que les orties peuvent être mangées sans risque formulent leur préjugé contre la soupe en se basant uniquement sur leur expérience, qui est limitée au caractère irritant des orties. Ce type de situations d’apprentissage peuvent être des moments propices pour les parents pour montrer à leurs enfants de quelle manière ils tirent à tort des généralités de leur expérience limitée, et comment cette expérience peut conduire à des biais injustifiés. Ces préjugés peuvent même les empêcher d’essayer de nouvelles choses qui pourraient très bien enrichir leur vie.