de 5 à 9 ans
Préparer l’enfant au raisonnement critique

de 5 à 9 ans
Préparer l’enfant au raisonnement critique

3. Préparer l’enfant au raisonnement critique

Voici quatre moyens de favoriser le développement cognitif précoce chez votre enfant et de le mettre sur la voie du raisonnement critique.

1. Inciter le jeune enfant à se décentrer en le faisant participer à des discussions sur des sujets très divers, y compris d’actualité. Contrairement à ce que beaucoup pensent, dès cinq ans et parfois même plus tôt, les enfants adorent cela, pour autant que l’on ne les noie pas dans du vocabulaire technique ou de la logique formelle. Ils ont aussi besoin de sentir que les adultes s’intéressent à ce qu’ils pensent et qu’on les écoute sans les interrompre. Les adultes doivent apprendre à dépasser leur rôle d’éducateur er à se mettre au niveau de l’enfant.

Il est très important pour développer ses facultés critiques que l’enfant voie ses représentations du monde acceptées. En prenant ses positions au sérieux, c’est lui que l’on prend au sérieux et que l’on accepte.

Par exemple, demandez à un enfant de cinq ans si le Père Noël existe, et comment il le sait. Écoutez ses arguments : il l’a vu au centre commercial, et les cadeaux doivent bien venir de quelque part. Le contredire ou briser ses représentations serait une grave erreur. Cela irait à l’encontre de ce que l’on connaît du développement cognitif, et cela ne respecterait pas son besoin affectif d’y croire. Paradoxalement, c’est en laissant l’enfant élaborer ses idées et ses visions du monde, notamment par le rêve et l’imagination, qu’il va grandir suffisamment heureux et confiant pour, le moment venu et à son rythme, évoluer vers plus de maturité.

2. Valoriser le contenu produit par le jeune enfant. Grâce aux encouragements, l’enfant va vouloir s’exprimer de plus en plus, tout simplement parce qu’il va en retirer un plaisir. Une structure de notre cerveau, l’amygdale, mémorise les émotions associées aux situations que nous vivons. Nous sommes prédisposés pour chercher poursuivre les expériences et revivre les situations qui nous procurent du plaisir, qu’il soit sensoriel ou psychologique. Si un enfant fait un effort de réflexion pour nous convaincre que les extra-terrestres existent, et que l’on démonte ses arguments et ses rêves, alors on inhibera son envie de participer à nouveau à ce genre de discussion.

Entre cinq et neuf ans, le plaisir de réfléchir, de dire ce que l’on pense et d’en discuter, de sentir que le langage est une source de joie, compte beaucoup plus que la rigueur argumentaire ou que la logique des raisonnements.

3. Entretenir un cercle vertueux. L’enfant débat, donne son avis. Il stimule son cerveau qui crée de nombreuses connexions qui, à leur tour, augmentent ses facultés et ses performances cognitives et affectives. Le plaisir d’échanger, de voir ses propos écoutés, libère un « bain » de neurotransmetteurs qui favorisent le développement cérébral. La douceur et la bienveillance avec lesquelles l’enfant se sent écouté produisent des connections neuronales et développent différentes formes d’intelligence. Pendant que l’enfant apprend grâce au débat, en faisant des efforts de réflexion et d’expression verbale et corporelle, le cerveau évolue et investit pour l’avenir. Il y est poussé par la stimulation cognitive, couplée à la joie de vivre qui résulte du fait d’être écouté par les autres et de bénéficier de leur pleine attention.

Les parents ne devraient pas hésiter à inclure les enfants dans les discussions et les débats..

Progressivement, la capacité d’argumenter avec pertinence, que ce soit sur des sujets de réflexion ou de débat familiers ou sur de nouveaux sujets, va augmenter. De nombreuses études récentes montrent que la progression scolaire est bien plus favorisée par le plaisir et le développement de l’estime de soi que par la surexposition à des exercices notés, qui peuvent stresser et rabaisser le jeune enfant. Les enfants sont vulnérables, et se conforment vite à l’étiquette qu’on leur colle.

Concrètement, les parents ne doivent pas hésiter à inclure les enfants dans les discussions et les débats, selon les principes que nous avons exposés ci-dessus. Ils doivent aussi veiller à répondre à la volonté des enfants de démarrer des discussions dans leur propre référentiel, en s’assurant de les prendre au sérieux.

4. Petit à petit, au fil du temps, du plaisir, de l’entraînement et de son développement cognitif et affectif, on va pouvoir encourager l’enfant à argumenter de plus en plus, sans le « stresser », par des questions ouvertes. À partir de huit ans, l’enfant peut être initié à la métacognition et à la décentration, c’est-à-dire au fait d’adopter des points de vue alternatifs au sien. À cet âge, l’enfant devrait également être entraîné à comprendre la différence entre une opinion, un argument et une preuve.

  • Une opinion est l’expression d’une idée qui, en elle-même, n’est ni vraie ni fausse. C’est tout le travail préalable sur l’estime de soi qui permet à l’enfant d’exprimer très tôt ses opinions. « Je suis pour qu’on supprime toutes les écoles, pour être en vacances tout le temps » est une opinion. Elle peut facilement être exprimée par un enfant de cinq ans.
  • Un argumentation est une tentative de convaincre les autres par des informations et du raisonnement. Un enfant de huit ans pourrait argumenter ainsi : « Si on supprime l’école, on peut se lever plus tard et être en forme pour mieux apprendre à la maison ».
  • Une preuve correspond à des faits utilisés pour essayer de démontrer une opinion ou un argument. Elle peut être très puissante mais elle est rarement conclusive. Quand une preuve sans équivoque est présentée, les opinions alternatives se dissipent, à condition de pouvoir affectivement et cognitivement s’approprier le point de vue de celui qui donne la preuve. Quelque chose peut être prouvé de deux façons : soit par le raisonnement formel, accessible à partir de l’âge de neuf ans pour des situations concrètes et plus tard pour les raisonnements abstraits ; soit par la démonstration factuelle. Si un enfant déclare : « on peut faire peur à un chien agressif en lui courant après », il peut en fournir la preuve en vous en faisant la démonstration. Il n’y a alors plus besoin d’argumenter.

Dès 9-10 ans, on peut exercer l’enfant à distinguer et hiérarchiser opinion, argument et preuve dans ce qu’il dit et ce qu’il entend, à condition d’avoir respecté la tolérance à l’imperfection de ses arguments quand il n’avait que cinq-six ans. Ceci est indispensable pour la confiance en soi de l’enfant et son respect des autres. Cela lui permet de prendre du plaisir à argumenter, et d’augmenter son désir de s’exprimer de manière plus convaincante.

Cas d’espèce

Pour ou contre la chasse ? Sur un sujet de société tel que celui-ci, concentrez-vous sur les concepts suivants :

1.Apprenez à votre enfant à distinguer :

  • Une opinion : « Je suis contre la chasse… »
  • Un argument : « … car elle entraîne de la souffrance animale et des morts chez les humains
  • Une preuve :
  • La chasse provoque une augmentation importante du niveau des hormones du stress (comme le cortisol) chez les animaux chassés
  • Près de 150 accidents de chasse sont recensés chaque année en France

2. Apprenez à votre enfant à s’entraîner à contre-argumenter :

  • Une opinion : « Je suis pour la chasse… »
  • Un argument : « … car elle permet une régulation des populations animales »
  • Une preuve : « Malgré la chasse, la population de sangliers est élevée et cause de nombreux dégâts agricoles ».