de 10 à 12 ans
Puberté vs raisonnement critique

de 10 à 12 ans
Puberté vs raisonnement critique

Cas Pratique 3

Puberté vs raisonnement critique

Au début de l’adolescence, la puberté menace inévitablement d’interférer avec le travail scolaire, l’attention et, plus largement, le développement cognitif. Il est crucial que les parents évitent à leurs enfants de se sentir honteux ou coupables de ces changements. Au contraire, ils doivent veiller à renforcer l’idée que ces changements – et les difficultés qu’ils causent – sont universels et positifs.

En même temps, ils doivent aider leurs enfants à éviter que les difficultés liées à la puberté n’interfèrent avec leurs objectifs de développement. Dans l’anecdote ci-dessous, nous décrivons deux approches différentes face à un problème provoqué par la puberté.

Sarah et Paul sont en 6ème au collège. Ce matin, ils sont assis côte à côte en cours de sciences. Le professeur fait une présentation sur la diversité des êtres vivants et leurs classifications.

Sarah et Paul sont tous deux passionnés par les animaux, et ils devraient théoriquement être intéressés par ce que le professeur expose. Or, ils ont développé une relation amoureuse depuis la rentrée, se font passer des petits mots écrits dans leurs agendas, ne suivent rien du cours et ne prennent aucune note.

Leur comportement finit par attirer l’attention du professeur, qui confisque les petits mots et contacte les parents des deux enfants pour en parler avec eux.

Le père de Sarah, très en colère après l’appel du professeur, appelle Sarah pour « une discussion ».

Il lui ordonne de ne plus se mettre à côté de Paul en classe. « Ce n’est pas de ton âge » lui dit-il, faisant allusion aux mots doux échangés entre les deux enfants. Par ailleurs, il indique à Sarah que dorénavant il vérifiera chaque soir si elle a pris des notes dans tous ses cours de la journée. « Et si ça continue, je contacterai les parents de Paul pour tirer les choses au clair », conclut-il.

Sarah monte dans sa chambre en sanglotant, honteuse.

Le père de Paul attend le moment du coucher. Alors qu’il va souhaiter bonne nuit à son fils, il lui explique que le professeur de sciences a téléphoné. « Il s’inquiète pour tes études, tu sais. Il ne veut pas que tu laisses tomber les sciences. »

Puis il lui parle de Sarah. « C’est beau d’être amoureux, je suis heureux pour toi. C’est la plus belle chose qu’il puisse t’arriver. Mais il faut que tu fasses attention, c’est un sentiment tellement fort qu’il peut tout emporter sur son passage ! Si Sarah et toi négligez votre travail au collège, vous devrez rattraper les cours auprès de vos camarades, et ce n’est pas facile de comprendre les notes de quelqu’un d’autre car chacun a sa manière de les prendre. »

« En plus, si vous ne suivez pas en cours, vous passez à côté d’un grand nombre d’informations, et vous aurez des difficultés au moment du contrôle. Le risque est que Sarah ou toi, ou tous les deux, ayez de mauvaises notes. Ce n’est pas ce que tu souhaites, n’est-ce pas ? Ni pour toi, ni pour Sarah ? Promets-moi que tu en parleras avec elle. Vous aurez d’autres moments pour vous parler. Elle peut venir à la maison un après-midi si ses parents sont d’accord, ou venir au cinéma ou à la piscine avec nous à l’occasion. »

Dans cette situation, on constate deux réactions bien différentes de la part des parents :

  1. Le père de Sarah cherche à surmonter la difficulté en imposant un interdit à sa fille. Il nie l’émergence de la puberté et des pulsions qui y sont associées, les faisant passer pour déplacées. Ce faisant, il ne débarasse pas Sarah de ses pulsions, il va simplement l’inciter à les cacher et même à en avoir honte.
  2. Le père de Paul explique à son fils qu’il comprend la situation et qu’il l’accepte. Il dit même que c’est une situation très positive à certains égards. Il reconnaît l’émergence de la puberté et de ses pulsions chez son fils, et en prend acte. Pour autant, il ne nie pas les difficultés que cela provoque et cherche à faire comprendre à son fils quels sont les risques pour les deux enfants, comment la situation pourrait se retourner contre eux et leur causer du tort au final. Pour cela, il propose plusieurs pistes, dont inviter Sarah à la maison en dehors des heures de cours. Il fait le pari que les capacités de raisonnement de son fils lui permettront de surmonter la situation, et l’assure de son soutien.