de 10 à 12 ans
L’univers numérique

de 10 à 12 ans
L’univers numérique

6. L’univers numérique

En résumé:

À cet âge difficile, les distractions numériques peuvent facilement devenir un moyen pour les enfants de fuir leurs émotions douloureuses. Le contrôle parental et d’autres limites peuvent être des solutions. Mais il est plus important que les parents aident leurs enfants à maîtriser ces émotions. Ils doivent aussi prendre le temps de discuter avec leurs enfants des effets négatifs de l’excès de temps passé sur les écrans.

Pour les enfants de 10 à 12 ans, l’univers numérique se concentre principalement sur deux domaines : les jeux et internet pour regarder des vidéos ou simplement surfer.

Nous avons vu que la puberté exacerbait les émotions, ce qui les rend encore plus difficiles à gérer. Le défi principal est de résister à la tentation du plaisir immédiat et à ses pulsions. Le contrôle, la distanciation par rapport à ses propres émotions est indispensable à la pensée critique et au raisonnement, quel que soit l’âge.

L’univers numérique a un effet défavorable sur le contrôle émotionnel pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, les jeux comme la navigation sur le web nous renvoient à la pensée magique, semblable à celle de la petite enfance. Par exemple, on peut avoir plein de « vies » après avoir été « tué », on peut se téléporter où l’on veut, et on peut rapidement obtenir des réponses à de nombreuses questions. Tout cela renvoie à la question de la satisfaction immédiate des pulsions. Or cette toute-puissance apparente ne favorise pas les efforts et la distanciation nécessaires à l’esprit et au raisonnement critiques.

Ensuite, nous avons vu que pour les enfants, se distancier de leurs parents est compliqué, notamment car leur identité est encore en train de se construire. Sur internet, les enfants voient de nouveaux héros émerger sur YouTube ou ailleurs ; ils rencontrent de multiples personnages dans les jeux et peuvent même commencer à s’y identifier.

C’est ainsi qu’aux prises avec les frustrations liées à la puberté (pulsions et liberté entravées) et avec une identité encore en chantier, l’enfant peut fuir ses émotions négatives à travers le jeu : il suffit d’appuyer sur un bouton pour accéder à un monde parallèle. Il peut aussi se créer une vie en ligne à travers des vidéos postées par d’autres enfants.

En fuyant leurs émotions via les distractions numériques, les enfants se privent d’occasions de réfléchir à leurs émotions et à leurs pulsions, et de les dépasser.

Les logiciels de contrôle parental permettent théoriquement de bloquer violence et pornographie, mais ils ne peuvent rien contre l’océan de stupidités et de fausses informations qui circulent sur le net. Par ailleurs, les enfants peuvent aussi se faire prêter des jeux violents par leurs amis.

En fuyant leurs émotions via les distractions numériques, les enfants se privent d’occasions de réfléchir à leurs émotions et à leurs pulsions, et de les dépasser. En d’autres termes, ils n’apprennent pas à gérer leurs émotions et à les replacer dans leur contexte par la métacognition. Cela les aiderait à passer outre leurs émotions grâce au raisonnement, et à adopter un point de vue plus objectif et plus critique sur eux-mêmes et sur les autres.

Les émotions négatives liées à la frustration et aux troubles identitaires sont normales pendant cette période. Ces sont ces émotions négatives et leur traitement par l’enfant qui poussent l’esprit à se reconfigurer, en dépassant la souffrance en interprétant et en affrontant les difficultés qui se présentent quand on grandit.

Trop de jeux et d’internet freinent le développement des capacités de gestion des émotions, et par extension du raisonnement critique. En plus de leur effets secondaires addictifs, les jeux videos et internet peuvent avoir des effets neuropsychologiques proches de ceux de la consommation de drogue.