SECTION 2
Puberté et adolescence

SECTION 2
Puberté et adolescence

4. Puberté et adolescence

En résumé:

L’âge compris entre 10 et 12 ans est particulièrement difficile pour de nombreux enfants à cause des changements physiques causés par la puberté. C’est également une phase transitoire dans leur développement cognitif. Des capacités solides de raisonnement critique peuvent aider à stabiliser cette période, en particulier si les enfants sont capables d’éviter les distractions, avec l’aide de leurs parents.

Encourager l’effort au nom de la gratification différée

Certains biologistes de l’évolution vont jusqu’à dire que le parcours de vie singulier de l’individu n’est que pure illusion : notre organisme tout entier travaille uniquement pour le bénéfice de l’espèce. Même si cette affirmation semble aberrante, elle vaut le coup d’être considérée à la lumière du pouvoir des hormones qui peuvent profondément affecter la personnalité et le comportement des enfants.

Quand le système reproductif se met en marche, les hormones sexuelles induisent des changements et de véritables bouleversements à tous les niveaux. Le cerveau est très impacté et de nombreux centres d’intérêt et traits de caractères peuvent changer considérablement.

La puberté est elle-même influencée par de nombreux facteurs biologiques, psychologiques, cognitifs, sociologiques et chimiques. On observe ainsi une puberté de plus en plus précoce à cause de substances chimiques synthétiques appelées perturbateurs endocriniens.

L’exposition aux médias et à internet joue également un rôle : les contenus sexualisés de plus en plus accessibles aux jeunes contribuent à orienter leur système nerveux central et leur système hormonal, plus ou moins consciemment, vers la compétition, la séduction, l’agressivité et les pulsions sexuelles – autrement dit, vers la survie de l’espèce.

La recherche immédiate du plaisir est encouragée prématurément chez les pré-adolescents par la publicité, les magazines, les films, la télévision et internet. Les normes sociales poussent aussi dans cette direction : les sportifs, artistes, éducateurs et psychologues parlent plus de plaisir que d’effort. Or nous avons vu qu’au moment où la puberté démarre, le raisonnement et la logique formelle s’implantent progressivement par l’exercice et l’effort intellectuel.

Deux mouvements opposés entrent en jeu.

D’un côté, nous avons le développement des connaissances et des savoir-faire (langage, raisonnement, résolution de problème), grâce à l’école, la famille, le sport, les arts et certains médias qui favorisent le développement des facultés de raisonnement et d’argumentation critiques.

D’un autre côté, la puberté et les normes de gratification immédiate et de liberté pour tous tendent à orienter les pensées et les comportements vers des plaisirs rapidement atteints avec le moins d’effort possible, bien loin des exigences du raisonnement critique.

Il est donc sage de commencer à entraîner les enfants le plus tôt possible (dès la petite enfance) à utiliser leurs facultés de raisonnement. Une fois l’habitude prise, ni la puberté ni les phases conflictuelles de l’adolescence ne pourront anéantir ces capacités critiques. Cela devient comme un deuxième langage.

Les adolescents ne détruisent pas leur langue maternelle même s’ils rejettent quasiment tout ce qui peut être associé à la famille ou à la société. Ils utilisent des termes et des expressions spécifiques de leur âge, mais toujours ancrées dans la langue qu’ils ont apprise quand ils étaient petits.

La fenêtre située entre 10 et 12 ans, ce moment pivot entre enfance et adolescence, est une période optimale pour développer et consolider les facultés critiques..

De la même manière, les attitudes, comportements et savoir-faire acquis avant l’adolescence peuvent être remis en question lors de cette période critique. Mais ils ne sont pas complètement éliminés et reviennent dès la sortie de l’adolescence. C’est ainsi que notre culture se transmet.

La fenêtre située entre 10 et 12 ans, ce moment pivot entre enfance et adolescence, est une période optimale pour développer et consolider les facultés critiques.

La curiosité intellectuelle est souvent élevée au moment où les écoliers terminent l’école primaire. La psychanalyste Mélanie Klein nommait cette soif d’apprendre « pulsion épistémophilique ». Freud parlait de sublimation des pulsions à ce stade, c’est-à-dire de détournement de l’énergie des pulsions sexuelles inconscientes vers des activités sportives ou intellectuelles.

Il faut profiter de ce moment avant la puberté pour orienter les enfants vers le plaisir intellectuel et le raisonnement critique. Les enfants entre 10 et 12 ans ont la capacité d’aiguiser leurs facultés critiques pour le raisonnement et l’argumentation. Ils doivent être exposés à une multitude de sujets et être encouragés à ne pas accepter tout ce qu’ils lisent ou entendent. Dans la plupart des cas, cela fonctionne bien. L’influence des parents et de l’école reste solide même si le besoin de s’affirmer et de se distinguer se développe.