de 10 à 12 ans
Le développement du raisonnement

de 10 à 12 ans
Le développement du raisonnement

2. Le développement du raisonnement

En résumé:

À cet âge-là, le raisonnement des enfants s’élargit, d’un focus sur le monde concret à des problèmes de plus en plus abstraits. Les enfants font des progrès en se confrontant à des problèmes qui les forcent à réfléchir de manière plus abstraite.
Les parents peuvent les aider en complétant leurs apprentissages scolaires par des jeux, des discussions et des problèmes qui sollicitent leurs capacités émergentes.

Du point de vue de ses facultés de raisonnement, l’enfant de 10 à 12 ans vit une transition entre le « stade des opérations concrètes » (dans lequel il ne raisonne que sur des objets immédiatement présents) et le « stade de la logique formelle » (dans lequel le raisonnement abstrait détaché du monde sensible devient possible).

Il faut rappeler qu’à partir de neuf ou 10 ans, l’enfant améliore sa capacité à conceptualiser et à créer des raisonnements qui nécessitent néanmoins encore un rapport direct au concret. Un certain degré d’abstraction lui permet aussi d’aborder des disciplines comme les mathématiques, au-delà de l’arithmétique. Il devient possible pour l’enfant de résoudre des problèmes avec des nombres et des raisonnements, mais qui impliquent toujours des objets immédiatement présents. La capacité de résoudre des problèmes abstraits à plusieurs variables reste rare à ce stade.

À partir de 11-12 ans se développent progressivement ce que Piaget a appelé « les opérations formelles ». Les nouvelles capacités qui apparaissent à ce stade, comme la logique avec des raisonnements « si… alors… » et l’établissement de relations abstraites, sont généralement maîtrisées autour de l’âge de 15-16 ans. À la fin de ce stade, l’adolescent peut donc, comme l’adulte, utiliser une logique formelle et abstraite, à la seule condition d’avoir appris le langage de la logique (si, alors, donc, etc.) et de s’y être exercé. Il devient également capable d’extrapoler et de généraliser à partir de situations concrètes.

Par conséquent, entre 10 et 12 ans, les enfants doivent être stimulés intellectuellement et poussés à réfléchir et à établir des raisonnements. De cette manière, les parents les aident à passer progressivement d’une logique quotidienne fondée sur l’action et l’observation à une logique basée sur des règles de déduction indépendantes de la situation vécue.

Notre esprit développe des concepts en extrayant des points communs à partir de différents objets. Par exemple, un jeune enfant qui entend « arbre » de la bouche des autres chaque fois qu’il croise une plante sèche mesurant entre 1 et 2 mètres (arbres de climat sec de type sahélien) va automatiquement extraire des points communs pour produire un modèle du concept d’arbre. 

Mais il n’a jamais eu de définition formelle du mot. La première fois qu’on emmène cet enfant dans un milieu tempéré devant un chêne verdoyant de 20 mètres et qu’on lui dit que c’est également un arbre, alors son modèle préalablement établi s’effondre. Cet objet immense, très feuillu et très vert, avec un tronc central vertical, ne répond pas à son « concept visuel » de l’arbre fondé à partir de petits végétaux secs. Ce bouleversement oblige le système cognitif à revoir son concept d’arbre, et à le définir avec des caractéristiques plus complexes et plus abstraites communes à la fois au grand chêne vert et à la petite plante sèche.

Nous apprenons notre environnement et notre langue maternelle ainsi, en partant de situations concrètes et en créant un assemblage de liens mémorisés entre des mots et des représentations sensorielles.

Il serait pratique de disposer d’une définition formelle et universelle de ce qu’est un arbre, et de simplement l’implémenter dans le système cognitif de l’enfant. Mais c’est impossible : d’une part parce que l’enfant ne maîtrise pas encore le langage de base et encore moins le langage formel ; d’autre part, parce qu’il ne peut pas encore apprendre par déduction.

Mais les enfants peuvent s’entraîner à identifier et extraire des caractéristiques invariables de plus en plus complexes, créant une représentation mentale du monde en remettant continuellement en question et en affinant les concepts créés par le système cognitif. Par ce processus, et grâce à l’accumulation progressive de vocabulaire, les enfants deviennent capables d’extraire des représentations non seulement à partir du vécu sensoriel, mais également à partir de représentations déjà mémorisées.

Une manière de définir la pensée est « l’articulation de représentations combinées à volonté grâce au langage dans son esprit. Lorsque cette combinaison de représentations est structurée par des liens de déduction (si, alors), cette pensée devient un raisonnement.

Un champ des possibles immense s’ouvre à l’adolescent, qui devient capable de raisonner et de tirer des conclusions universelles dans des contextes nouveaux..

Vers 10 ans, des situations qui nécessitent une déduction logique vont progressivement se rencontrer à l’école. Les élèves vont être forcés d’envisager quand et comment utiliser des opérations de base pour résoudre un problème concret. Ces situations se rencontrent aussi parfois en famille, quand les parents cultivent un environnement favorable à la réflexion et qu’ils prennent le temps d’en faire profiter leurs enfants.

Par contact avec des situations nécessitant une déduction, dans lesquelles on collecte des données, on les étudie rationnellement et on en tire des conclusions, l’enfant va progressivement réussir à identifier les caractéristiques invariables dans les données et à assimiler les règles de déduction.

Cela commence à se développer doucement mais sûrement vers 11 ans, pour se stabiliser vers 14-15 ans. C’est ainsi que les enfants atteignent le stade des opérations formelles. Le raisonnement n’a plus besoin de situations visualisables et concrètes. Il ne nécessite plus d’éléments concrets et il est même libéré du besoin de s’appuyer sur le souvenir de problèmes résolus précédemment. Un champ des possibles immense s’ouvre à l’adolescent, qui devient capable de raisonner et de tirer des conclusions universelles dans des contextes nouveaux.

Mais cela ne se produit que si les adolescents sont stimulés par l’apport de problèmes à résoudre. Les facultés logiques ne s’améliorent qu’avec l’entraînement. Les adultes doivent donc encourager les enfants à résoudre des problèmes. La difficulté va créer de nouveaux chemins et de nouvelles connexions neuronales dans le cerveau. Ces efforts sont indispensables pour le développement du cerveau et de la capacité de raisonnement.