13 ans et plus
Le négativisme adolescent

13 ans et plus
Le négativisme adolescent

 

Cas Pratique 3

Individualisation et appartenance

La pression des pairs se révèle dans les groupes sociaux adolescents, alors que les enfants tentent d’affirmer leur indépendance de leurs parents et construisent leur propre identité à travers leur implication dans ces groupes. Cela peut conduire à un certain nombre de problèmes paradoxaux, les enfants étant tiraillés entre une conscience de soi émergente et un besoin d’appartenance. Même si leurs enfants cherchent à se séparer d’eux, les parents peuvent proposer leur aide et leur soutien pour régler une partie de ces conflits.

Étudions le scénario suivant :

 

David, 12 ans, vient de faire sa rentrée en sixième dans un grand collège du centre-ville. Il est un peu perdu et se joint à un groupe de garçons de son âge, pendant les cours et les récréations. Ils apprennent à se connaître au fil des semaines.

À la fin du mois d’octobre, un des garçons propose aux autres de marquer leur appartenance au groupe en dessinant, de manière bien visible, une tête de mort et des os en croix au feutre permanent sur leurs sacs à dos. En quelques jours, tous les garçons du groupe affichent fièrement ce dessin à l’avant de leur sac à dos, tous sauf David. Il adore son sac à dos, qu’il a choisi lui-même et que ses parents lui ont offert pour cette rentrée. De plus, il n’a jamais été particulièrement attiré par les squelettes, et la tête de mort et les os en croix ne représentent rien de spécial pour lui.

Alors que le groupe est réuni dans la cour à la récréation un vendredi matin, un des garçons s’approche de David et le menace : « Si tu ne dessines pas la tête de mort et les os sur ton sac à dos, on t’exclut du groupe ! » Les autres enfants approuvent.

Pendant tout le week-end, David se retrouve face à un dilemme. Soit il garde son sac à dos tel qu’il l’aime, même si cela signifie être exclu du groupe, soit il dessine la tête de mort et les os pour montrer qu’il en fait partie.

 

Le dimanche soir, il décide d’en parler à ses parents. Si vous étiez à leur place, quels conseils donneriez-vous à David ?

 

Lors du dîner, son père lui donne son avis :

« David, tu ne devrais pas penser que ce problème n’a que deux solutions. Dis à tes copains qu’aucune des deux options ne te convient, et que tu as une autre idée. »

– Ça ne marchera pas. Ils m’ont dit que c’était l’une ou l’autre », répond David.

« Tu devrais quand même essayer » suggère sa mère.  « Dis-leur que tu aimes vraiment faire partie du groupe, et que tu les apprécies comme copains, mais que tu ne veux pas abîmer ton nouveau sac à dos avec un dessin. Dis-leur que, dans un groupe, chacun a sa liberté et qu’on n’est pas obligé de faire toujours tous pareil. Demande-leur de te laisser rester dans leur groupe, auquel tu tiens, sans avoir à faire quelque chose que tu ne veux pas. C’est une troisième solution. »

Dans cette situation, le groupe de garçons veut que David montre qu’il en fait partie en adoptant un code commun. David subit une pression pour s’y conformer et doit prendre une décision. La solution la plus confortable pour lui serait de céder à la pression du groupe. Ou alors, il pourrait camper sur sa position et refuser, mais cela lui causerait sans doute de la peine car il devrait subir la désapprobation du groupe et une exclusion possible.

Le groupe ne supporte pas la non-conformité, car elle menace son existence-même. Pourtant, à terme, résister à la pression du groupe peut jouer en faveur de David, dont l’indépendance forcera le respect des autres et renforcera son estime de soi.

Il n’y a pas de « bonne décision ». Tout dépend du niveau d’estime de soi de David, qui déterminera sa capacité à assumer les conséquences de ses choix.