13 ans et plus
Concepts et failles de raisonnement

13 ans et plus
Concepts et failles de raisonnement

Cas Pratique 1

Les concepts d’intension et extension

À partir de l’âge de 13 ans environ, les élèves peuvent commencer à formaliser leur raisonnement en utilisant des définitions intensionnelles (par intension). Ces définitions formelles, qui sont internes aux concepts eux-mêmes plutôt que déduites de l’expérience, peuvent ouvrir un nouvel horizon pour le raisonnement et conduire à de nouvelles formes d’argumentations.

Voyons le scénario suivant :

Pendant la campagne présidentielle, Léa, 14 ans, défend un candidat qui, selon elle, est le seul valable. Le midi à la cantine, elle explique le programme du candidat en question à ses ami·es et dit qu’elle aurait bien aimé être en âge de voter et qu’elle harcèle ses parents pour qu’ils votent pour ce candidat.

Les arguments de Léa semblent convaincre ses camarades, mais Anaïs, assise en bout de table, finit par lancer :

«  De toute manière, comme disent mes parents, tous les présidents sont des menteurs ! Je ne voterai jamais. »

Les autres élèves présents acquiescent bruyamment. Surprise, Léa cherche une réponse mais reste sans voix.

La sonnerie retentit. Tous se lèvent pour rejoindre leurs cours.

En rentrant chez elle en fin de journée, Léa raconte la scène du déjeuner à sa mère et lui demande son avis :

« Tu aurais répondu quoi, toi, à Anaïs ? »

Si vous êtiez à la place de la mère de Léa, que répondriez-vous ? Quel raisonnement opposer à l’argument d’Anaïs qui semble un argument d’autorité ?

Deux manières permettent de déterminer si tous les présidents sont des menteurs ou pas :

  1. Méthode extensionnelle. Faire des recherches historiques sur les campagnes présidentielles, et rapprocher les promesses des candidats de leurs actions effectives une fois élus. Cette méthode permettra de déterminer si, au cours de l’histoire, les présidents ont tous menti. Ils l’ont peut-être fait. Mais même dans ce cas, l’argument d’Anaïs ne serait valable que pour le passé jusqu’au présent, sans préjuger de ce que sera l’avenir, et donc de ce que fera le prochain président. Léa pourrait donc défendre son candidat en disant qu’une fois élu, il ou elle sera différent des autres.
  2. Méthode intensionnelle. Faire des recherches en sciences politiques, démontrer que le système électoral et les institutions poussent les candidats à mentir pour se faire élire, et que cela fait partie des « règles du jeu ». Si cette démonstration était établie, il s’agirait d’un modèle valable pour le passé et pour l’avenir. Dans cette hypothèse, l’argument d’Anaïs serait valable pour le présent et pour l’avenir, si les institutions restent les mêmes. Notons cependant que cette méthode donne à Léa l’opportunité de raisonner plus subtilement. Tous les présidents peuvent finir par faire de fausses promesses ou par tromper le public sur certains points, mais nous pouvons faire la différence entre les mensonges délibérés et malintentionnés et ceux qui résultent des pressions dues à l’exercice de la fonction. Cela lui permettrait de trouver les failles dans la justification d’Anaïs pour ne pas voter, puisque certains candidats peuvent toujours se révéler plus honnêtes que les autres.