13 ans et plus
Devenir un individu

13 ans et plus
Devenir un individu

3. Devenir un individu

En résumé:

Les adolescents ont une propension naturelle à tenter de se détacher de leurs parents et de leur milieu. Une bonne base de raisonnement critique peut faciliter cette transition vers l’individualité et l’âge adulte ; mieux raisonner peut aider les adolescents à se débrouiller avec leur indépendance naissante et à éviter de rejeter leur milieu d’origine sans réfléchir.

À l’adolescence, devenir un individu unique, pas uniquement le fruit de ses parents, est une nécessité psychologique.

Une part de la différenciation entre soi et le monde se développe avec une image de soi. Il n’y a pas d’autre voie pour ne pas fusionner avec son environnement et finir dans le conformisme absolu, voire pire.

L’individualisation est indispensable à la société. Pour se perpétuer, la société a en effet besoin de diversité. Les cultures à qui il manque la norme sociale de l’individualisation sont plus fragiles ; elles produisent des citoyens qui ont des représentations d’eux-mêmes et des comportements identiques, alors que l’adaptation au changement nécessite diversité, créativité, évolution et donc pensée critique.

Ces cultures à faible individualisation ne connaissent que très peu (ou pas du tout) les sentiments de crise ou de mal-être que nous associons à l’adolescence. Le passage de l’enfance à l’âge adulte se déroule plutôt selon des rites dits « de passage ».

Notre civilisation a connu une longue et profonde évolution, à travers la philosophie, les sciences, la psychanalyse et la politique, qui a conduit à rejeter la norme sociale selon laquelle l’individu au sein de la famille, du groupe social ou de la nation, serait comme une simple cellule dans un organe. Chacun a en effet le droit et même le « devoir »  de naître une seconde fois en s’éloignant de ses origines.

C’est un immense défi car cette différentiation, cette création de soi, intervient à un moment où l’enfant n’est pas encore apte à réaliser cette « renaissance » de façon autonome, alors qu’il entre dans un monde nouveau, sans même savoir à quoi il va ressembler. Nous appelons cette période « adolescence » et même « adulescence » quand elle dure longtemps, ce qui l’on observe de plus en plus.

La confrontation à la société, essentiellement à travers l’école et la famille, est source de pressions, à la fois à se conformer et à s’individualiser. Il n’est pas étonnant que cela cause des difficultés.

Le besoin d’être libre et indépendant est source de conflit psychologique.

Les adolescents n’ont pas complètement atteint leur maturité intellectuelle et cognitive lorsqu’ils se trouvent confrontés à cette contradiction. Ils ne sont donc pas capables de la conceptualiser. C’est pourquoi leur attitude et leur comportement peuvent parfois plus ressembler à ceux d’un animal apeuré qu’à ceux d’auto-créateurs sereins en train de se réinventer progressivement.

Sans en être conscients, les enfants entrent en adolescence par conformité « de second ordre », par culture, puisque l’adolescence est plus une construction sociétale qu’une composante psycho-comportementale de la puberté.

Paradoxalement, certains enfants à partir de 13 ans peuvent ne pas vivre de crise d’adolescence du tout, grâce à leurs facultés critiques. En fait, s’ils considèrent leur vie comme satisfaisante et stable,  ils sauront éviter de se laisser attirer vers un monde alternatif par d’autres enfants de leur âge. Ils pourront vivre leur jeunesse sans crise d’adolescence, et, à la place, construire leur identité par réflexion et sans drame.

Bien entendu, ce n’est pas le plus courant. Le besoin d’être libre et indépendant est source de conflit psychologique. L’angoisse et l’anxiété associées à ce moment de conflit produisent des rationalisations, des pensées qui viennent expliquer a posteriori le mécontentement, le mal-être et la rébellion. Nous avons tendance à attribuer à notre environnement ou aux autres tout ce qui est  inconfortable ou qui ne se passe pas bien. Par conséquent, si les choses ne se passent pas bien pour nous, si nous ne sommes pas heureux, c’est à cause d’un monde « injuste ».

Les parents d’adolescents connaissent bien ce qui en découle : une critique radicale de tout ce que les adolescents rencontrent. Pour eux, tout « craint » : les parents, les professeurs, les hommes politiques, les journalistes etc. Cette réaction peut être source de conflit, mais, comme nous allons l’expliquer dans la section suivante, elle est aussi une bonne opportunité d’approfondir les capacités critiques.