Raisonnement critique : tous défaillants, tous concernés

Nous vivons une drôle d’époque. L’information n’a jamais circulé aussi vite, ne s’est autant joué des frontières. Le revers de la médaille est que cet immense progrès semble surtout bénéficier aux infox (« fake news ») et aux opinions les plus tranchées voire les plus radicales.

D’où vient ce phénomène, pourquoi l’infox se hisse-t-elle au rang de vérité ?

Une enquête menée en octobre 2018 par la Fondation Reboot apporte des éléments de réponse. « Il y a urgence à redonner sa place au raisonnement critique », observe sa présidente, Helen Lee Bouygues. Car même au pays de Descartes, il semblerait que l’on ait désappris à réfléchir.

Savoir raisonner a toujours été un atout ; mais aujourd’hui, dans notre environnement de plus en plus complexe, plus qu’un atout, des qualités de réflexion solides sont devenues une nécessité. Dans une étude récente, la chercheuse américaine et professeure de psychologie Heather Butler a montré qu’« il arrive moins de mauvaises choses à ceux qui utilisent leur esprit critique » (1) : ces derniers seraient moins susceptibles d’hypothéquer leur maison ou de s’endetter, à l’inverse de ceux qui manient peu le raisonnement critique et seraient plus enclins à consommer de l’alcool au volant par exemple.(2) Pire, il est abondamment prouvé que le manque de pensée réfléchie met notre démocratie en danger. Partout dans le monde, des politiciens utilisent réseaux sociaux et nouvelles technologies pour diviser au lieu de rassembler, et propager des idées que l’on a vu renaître et qui balaient un large spectre allant du racisme au fascisme.(3)

Le constat est unanimement partagé, mais paradoxalement on a l’impression que l’aptitude à raisonner se trouve de plus en plus reléguée au second plan, voire « ringardisée ». Comment en eston arrivé là ? Nos institutions en font-elles assez pour donner aux écoliers, aux étudiants et finalement à tous les citoyens, des outils de raisonnement critique efficaces ? Les parents sont-ils assez armés pour aider leurs enfants à développer leurs capacités de réflexion ?

L’enjeu est crucial : la qualité de la réflexion est le seul moyen de 
prendre de la hauteur dans ce monde complexe alimenté par un flot continu d’informations plus ou moins fiables. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler qu’en octobre 2018, Twitter a dû fermer une cinquantaine de comptes de faux législateurs républicains, destinés à influencer les électeurs de 50 États pour le vote des midterms aux États-Unis.(4)

Pour dresser l’état des lieux, la Fondation Reboot a mené une vaste enquête d’opinion en ligne auprès d’un millier de personnes. Un sondage similaire a été mené aux États-Unis à la même période, selon la même méthodologie, ce qui autorise la comparaison entre les deux pays. Cette étude a vocation à être renouvelée chaque année.

En voici les grandes leçons.

1. Raisonnement critique, où es-tu ?

Toutes les personnes interrogées (93 %), quelle que soit leur catégorie – âge, revenu ou genre – jugent le raisonnement critique nécessaire dans le monde actuel.

Mais où le trouver ?

70 % d’entre elles considèrent que les jeunes manquent de capacités de raisonnement critique ; une responsabilité qui incombe plus aux évolutions de la société (changement de normes sociétales, développement technologique) qu’à une défaillance du système éducatif (jugé responsable pour 20 % d’entre eux).
40 % disent avoir étudié le raisonnement critique à l’école, et
49 % considèrent que l’école leur a transmis cette compétence.

 

2. Développer le raisonnement critique, qui s’en charge ? 

46 % des parents interrogés se considèrent comme responsables de cet enseignement, 38 % pensent que c’est à l’école de le faire, et 13 % que les enfants devraient l’apprendre eux-mêmes. Une petite différence avec les États-Unis, où ce dernier chiffre monte à 22 %. Une responsabilité partagée, donc, mais qui pose une question : qui est en charge ? Il semblerait tout bonnement que l’enseignement du raisonnement critique passe à travers les mailles du filet…

La Fondation Reboot
Fondée par Helen Lee Bouygues, la Fondation Reboot soutient des initiatives
destinées à intégrer le raisonnement critique dans la vie quotidienne, et a
pour vocation de promouvoir une pensée plus riche. La Fondation mène des
enquêtes et sondages d’opinion, conduit ses propres recherches et soutient
les travaux de chercheurs d’universités. La Fondation développe également
des outils pratiques destinés aux parents, aux enseignants, aux employeurs
et à tous ceux intéressés par l’entretien de leurs capacités de raisonnement
critique.

3. Enseigner le raisonnement critique, d’accord, mais comment ?

91 % des personnes interrogées pensent qu’il est important d’enseigner le raisonnement critique à leurs enfants, mais seulement 59 % déclarent savoir comment s’y prendre.

Dans ce pays formé à la dissertation en trois parties, il semblerait que la réflexion complexe se soit égarée : seule une petite majorité de parents discutent régulièrement avec leurs enfants de questions qui n’appellent ni bonne ni mauvaise réponse (53 %) et seulement 42 % leur demandent d’envisager le point de vue opposé quand ils étudient une problématique.

La comparaison avec les Etats-Unis est intéressante : 96 % des parents américains interrogés considèrent que l’enseignement du raisonnement critique est important, et 72 % pensent savoir comment faire. C’est bien plus que les 59 % de parents français. Mais les pratiques ne sont pas meilleures : ils ne sont que 20 % à exiger de leurs enfants qu’ils considèrent les avis opposés aux leurs, et seulement un tiers à discuter de problématiques qui n’appellent ni bonne ni mauvaise réponse.

Qu’est-ce que le raisonnement critique ?
Nous utilisons une définition large du raisonnement critique : il s’agit d’une forme de réflexion qui combine raisonnement, logique et analyse pour comprendre les problèmes et faire des choix. Parmi les éléments clés, on trouve le fait de s’intéresser à des points de vue opposés au sien, celui de s’appuyer sur des preuves, et celui d’accepter le débat.

4. Raisonnement critique, tous incompétents ?

Une grande majorité des répondants s’estiment dotés d’une capacité de raisonnement critique solide, et 73 % considèrent même que cette aptitude s’est améliorée au fil du temps.

Mais…

38 % ne réfléchissent pas en amont à l’endroit où ils vont chercher de l’information lorsqu’ils effectuent des requêtes, 36 % ne se réfèrent qu’à une seule source d’information. Plus d’un tiers (35 %) des répondants considèrent Wikipedia, site encyclopédique contributif, comme l’équivalent d’une encyclopédie rigoureusement contrôlée ; notre étude montre que les gens se fient autant à Wikipedia qu’à des sites officiels.

Plus d’un tiers de ce que l’on peut lire sur Facebook ou Twitter est considéré comme vrai. Les personnes interrogées se tournent volontiers vers de l’information non vérifiée ou informelle, et près de 40 % déclarent lire régulièrement des blogs à la place de publications « officielles » comme les journaux. 

5. Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais !

Alors que 85 % des sondés déclarent important et utile de considérer un point de vue opposé au sien, peu le mettent en pratique. Si 62 % disent rester ouverts à des idées différentes quand ils prennent une décision, 36 % reconnaissent éviter les avis opposés sur les sujets importants, et ils ne sont que 39 % à se confronter à des personnes qui pensent différemment d’eux pour discuter et débattre. Il est intéressant de constater les différences entre les deux pays sur ces comportements : moins d’un quart des Américains s’intéressent à des opinions qui questionnent les leurs, mais ils ne sont que 24 % à éviter ceux qui ne pensent pas comme eux. 

En d’autres termes, même lorsque l’on prétend solliciter l’avis des autres, en pratique on ne remet pas assez en question ses propres opinions, et cela alors que tout nous prouve que s’intéresser à des points de vue opposés est crucial pour enrichir le raisonnement critique.
(5)  

Helen Lee Bouygues 
Ancienne associée chez McKinsey & Company, Helen Lee Bouygues est une spécialiste reconnue de la transformation d’entreprise. Intervenante à l’Institut des affaires européen INSEAD, Helen a également donné des cours dans une vingtaine de fonds de private equity, et siège à plusieurs conseils d’administration.

Mère d’une petite fille, citoyenne engagée, Helen a créé la Fondation Reboot pour donner aux parents, dont elle-même, et à tous, des outils pour favoriser le développement du raisonnement critique chez leurs enfants et de manière générale chez les générations futures. Elle est à ce titre une contributrice régulière de Forbes Magazine dans la rubrique Education, du Washington Post et des Echos. Helen est diplômée « magna cum laude » de l’Université de Princeton, et titulaire d’un MBA de la Harvard Business School.

En conclusion

Le raisonnement critique est indispensable dans le monde d’aujourd’hui, mais nous sommes trop nombreux à surestimer nos capacités de raisonnement et d’analyse. Nous devons nous montrer plus vigilants et nous comporter de manière plus rigoureuse. Nous prenons sinon le risque de renforcer nos idées préconçues et de nous enfermer dans nos opinions. Nous nous rendons perméables aux infox, aux théories du complot ou au phishing. Nous risquons d’augmenter la polarisation, les attitudes partisanes et les luttes intestines, qui sont parmi les plus grands défis auxquels nos pays sont confrontés. Pour l’avenir, nous devons donc devenir de meilleurs professeurs et de meilleurs étudiants en raisonnement critique, pour mieux nous défendre contre de tels risques. 

Trois grands chantiers se présentent à nous :

1. En tant que parents, nous devons être vigilants et discuter de problèmes complexes avec nos enfants, les encourager à se montrer critiques dans leur réflexion. Nous devons être conscients de nos propres limites et faire nous-mêmes plus d’efforts dans ce domaine.

2. L’école et les professeurs doivent être encouragés dans leurs démarches pour intégrer davantage l’apprentissage du raisonnement critique dans les différents cursus, du début à la fin de la scolarité.

3. Nous devons apporter de la diversité au travail et dans nos cercles sociaux, et créer des espaces propices à des discussions approfondies et rigoureuses. C’est ainsi que nous favoriserons l’apparition de plus grandes découvertes, stimulerons de plus grandes inventions.

« Le raisonnement critique nous aide à casser nos propres biais, il va également favoriser la croissance de notre économie et renforcer notre démocratie », observe Helen Lee Bouygues.

Au final, le raisonnement critique est peut-être l’outil le plus précieux pour bâtir un pays meilleur ; et notre société doit donc faire beaucoup plus pour cultiver de meilleures formes de raisonnement, pour nos enfants, et pour notre avenir.

France / Etats-Unis, nous sommes plus proches que ce que nous pensions.
Globalement, les attitudes et les comportements sont les mêmes de part et d’autre de l’Atlantique, et l’idée reçue qui voudrait que les Français soient les champions de l’esprit critique n’est pas particulièrement validée par les résultats de notre enquête. 

Quelques nuances existent cependant : 

– 22 % des Américains contre 13 % des Français pensent que les enfants doivent acquérir leurs compétences de raisonnement critique par eux-mêmes ; 
– dans les deux pays, plus de 85 % des sondés déclarent qu’il est important et utile de considérer le point de vue opposé lorsque l’on s’intéresse à un sujet. Mais si 39 % des Français disent se confronter à des personnes qui pensent différemment d’eux pour discuter et débattre, moins d’un quart des Américains s’intéressent à des opinions qui questionnent les leurs. À l’inverse, 36 % des Français reconnaissent éviter les avis opposés sur les sujets importants, pour seulement 24 % des Américains.

Quelques outils de raisonnement critique

à la maison
Il n’y a pas d’âge pour commencer. Demandez à votre enfant d’expliquer comment il arrive à sa conclusion sans insister sur les faits : le plus important est de renforcer sa confiance en soi, de lui apprendre à argumenter, et de lui montrer que personne ne détient la vérité a priori.

à l’école
– Inspirez-vous de l’initiative de Rose-Marie Farinella (enseignante en Haute-Savoie) qui transforme les élèves de CM2 en apprentis hoax busters dans ses ateliers d’éducation aux médias. 
– Pour des élèves plus âgés, intégrez dans les programmes des séminaires ou des projets interdisciplinaires dans lesquels les élèves sont amenés à utiliser des méthodes de raisonnement critique

au travail
– Vous assurez-vous que vos futurs collaborateurs aient des aptitudes au raisonnement critique lors du recrutement ?
– Envisagez une organisation de votre entreprise moins cloisonnée, moins verticale ; encouragez vos collaborateurs à remettre en question les méthodes et à imaginer de nouvelles manières de travailler.

pour soi
– Pratiquez la métacognition, c’est-à-dire réfléchissez à votre manière de penser.
– Posez-vous et posez beaucoup de questions ; adoptez une méthode socratique et mettez les hypothèses à l’épreuve.
– Adoptez une approche méthodique : posez-vous pour réfléchir, affinez le problème puis ouvrez le champ de la réflexion en vous posant beaucoup de questions, rassemblez des preuves et des faits, puis réfléchissez et mettez en perspective en écoutant d’autres points de vue.

Prochaines productions

Dans l’année qui vient, la Fondation Reboot a prévu de publier un certain nombre d’études et d’articles, ainsi que des outils pratiques pour améliorer le raisonnement critique. Notamment, un outil numérique destiné à aider les parents à cultiver l’esprit critique chez leurs enfants est en cours de conception. Pour vous tenir au courant et en savoir plus, visitez notre site :
www.reboot-foundation.org

 

INTRODUCTION ET CONTEXTE

« Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue », disait déjà Socrate au Ve siècle avant notre ère. Pour lui, comme pour d’autres philosophes de l’Antiquité, la pensée réfléchie était le but ultime de l’homme, l’entreprise la plus importante d’une vie qui ait du sens. Cela reste vrai. Mais l’absence de pensée critique semble avoir aujourd’hui de plus grandes conséquences qu’autrefois, et cette question revêt un caractère d’urgence. Raisonner est le sujet central du 21ème siècle, le moteur du monde moderne.

La technologie est à l’origine de cette urgence. C’est elle qui génère les changements de notre économie, mais elle aussi qui cause des mutations dans notre monde social et politique : elle a fait surgir l’ennemi du moment, les infox, ces « fake news » qui prolifèrent sur la Toile. Internet a rendu plus difficile de démêler le vrai du faux. Dans des médias traditionnels comme les journaux, la démarcation entre les tribunes (qui reflètent une opinion) et les articles (qui relèvent d’un travail journalistique) est claire. Mais en ligne, sont présentés de la même manière des articles soigneusement documentés, des papiers d’opinion, et des informations totalement invérifiées. 

Les réseaux sociaux ne font qu’aggraver la confusion tant il est facile d’y faire circuler intentionnellement de fausses informations. De nombreux sites et robots n’ont d’ailleurs été conçus que pour diffuser une information aux sources douteuses. Aux Etats-Unis, Facebook a dû supprimer près de 600 pages qui postaient en continu des informations mensongères ; l’une d’elle comptait plus de 100 000 followers.(6)

De même, en novembre 2018, un réseau de comptes Facebook et Instagram francophones – qui diffusaient de la propagande politique – ont été repérés par le réseau social. Bien que de moindre ampleur, cette campagne présentait des similitudes avec d’autres opérations d’ingérence politique : un seul émetteur, des messages coordonnés contenant des images ou des mots-clés destinés à attirer rapidement et largement un certain profil d’internautes, et une « cible » bien identifiée, le président français.
(7)

L’autre effet des réseaux sociaux est de pousser les gens à vivre dans une sorte de chambre d’écho. D’après le professeur de droit Cass Sunstein de l’université de Harvard, des réseaux comme Twitter ou Facebook encouragent les gens à n’interagir qu’avec ceux qui professent les mêmes opinions qu’eux, nourrissant ainsi une forme de « myopie sociale » : « Je ne dirais pas que nous sommes aujourd’hui plus isolés de la diversité ; la manière dont les gens sont isolés de la diversité est elle-même très diverse. Non, le gros problème est que certaines personnes choisissent de s’isoler ».(8)

En parallèle, la technologie émousse le raisonnement critique. Patricia Greenfield, professeure de psychologie à l’université de Californie à Los Angeles, a mis en évidence qu’à mesure que notre dépendance à la technologie augmentait, nos capacités de raisonnement critique diminuaient. Nous lisons moins, consommons plus d’images, ce qui ne favorise pas l’analyse et la réflexion qui sont les prérequis du raisonnement critique.(9)

Et au cas où cela ne suffirait pas, la conséquence de la démocratisation des médias au cours des dernières décennies a été de transférer la tâche de démêler le vrai du faux sur les individus. Même si les institutions prennent quelques mesures pour limiter la propagation des mensonges (comme la récente loi française sur les infox), les gens doivent de leur côté faire de plus en plus d’efforts pour éviter d’être victimes de la désinformation.

En ont-ils les moyens ? On observe que le réflexe « naturel » est de transmettre avant de lire, de s’indigner avant de réfléchir. D’après une étude récente de l’université de Columbia, près de 60 % des gens partagent des articles (ou assimilés) sur Twitter sans avoir cliqué pour les lire en entier. En d’autres termes, le titre seul leur paraît une légitimité suffisante pour passer l’information.(10)  Et sur internet ou les réseaux sociaux, ce sont les opinions les plus tranchées, les posts les plus radicaux qui sont le plus diffusés. Ainsi, des photos sorties de leur contexte sont abondamment diffusées et commentées. Non, les migrants de l’Aquarius n’ont pas jeté les vêtements donnés par la Croix-Rouge ; le tas que l’on voit sur la photo largement propagée à travers l’Europe en juin 2018 est celui de vêtements destinés à être détruits pour éviter la propagation de maladies contagieuses.(11) Dans un article du 28 novembre dernier, les Décodeurs du Monde font de la crise des « gilets jaunes » « un cas d’école de la polarisation du débat public »(12)  : sur les 8 700 articles qui ont circulé en ligne sur le sujet depuis le mois d’octobre, les plus partagés étaient ceux qui satisfaisaient un camp ou l’autre ; « l’émotion et les dynamiques de camps prennent le pas sur les arguments de fond, un grand nombre de fausses informations ont abondamment circulé ».

Face à ce problème, les philosophes nous montrent la voie : il nous faut revenir à la méthode socratique. Nous devons remettre les faits, les données, au centre de notre réflexion, et il ne fait aucun doute que les enjeux sont plus forts que jamais. Pour paraphraser approximativement Socrate, « une société sans examen ne survivra pas ».

PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS

1. Les gens considèrent le raisonnement critique comme essentiel,
mais pensent que les jeunes manquent de cette capacité.
Presque tous les sondés (près de 93 %) ont répondu qu’être capable
de pratiquer le raisonnement critique était nécessaire dans le monde
d’aujourd’hui, et presqu’autant pensent que nous devrions plus en
faire preuve dans notre vie quotidienne. Cette opinion se retrouve
quel que soit le critère démographique : âge, genre ou revenu.

Mais les répondants se montrent préoccupés quant à l’enseignement du raisonnement critique à l’école. Seulement 40 % d’entre eux disent y avoir étudié le raisonnement critique, et moins de la moitié (49 %) considèrent que l’école leur a transmis des capacités solides de raisonnement critique. Les hommes sont plus nombreux que les femmes (55 % contre 44 %) à penser que l’école leur a donné ces compétences.  

En outre, 70 % des sondés pensent que les jeunes d’aujourd’hui manquent de capacités de raisonnement critique. Les raisons invoquées sont en partie la défaillance du système éducatif (pour près de 20 %), mais surtout des évolutions de la société : 26 % considèrent que le changement de normes sociétales à dévalué ces compétences, et 22 % que la technologie moderne inhibe le raisonnement critique. Pour ce point également, hommes et femmes ne pensent pas exactement pareil : alors que les femmes sont plus nombreuses à rendre la technologie responsable (24 % contre 19 %), les hommes sont plus enclins à considérer que la société dévalue ces compétences (28 % contre 23 %).

Pour tous, quel que soit le critère démographique, il semble qu’il y ait une prise de conscience générale du fait que le monde moderne a profondément complexifié le raisonnement critique. Et pour tous, le raisonnement critique est plus important que jamais. Ce résultat est une bonne nouvelle : si l’on est conscient du problème, on est plus disposé à s’en emparer. 

2. Où, quand et comment enseigner le raisonnement critique ?

Si l’enthousiasme pour les capacités de raisonnement critique est général, le consensus est moindre en ce qui concerne l’âge auquel elles doivent être développées. La période scolaire (entre 6 et 18 ans) semble cependant être considérée comme la plus propice. Si les 25/34 ans déclarent davantage que le meilleur moment est la toute petite enfance (16 % contre 10 % pour l’ensemble des catégories), on peut se demander si la raison n’est pas tout simplement l’âge de leurs propres enfants, s’ils en ont. À l’autre extrémité de la pyramide des âges, plus d’un quart des « anciens » ont l’air de considérer que l’on développe ces compétences à tout âge.

Les parents apparaissent comme les premiers responsables de l’enseignement du raisonnement critique aux enfants, suivis des enseignants du primaire et du secondaire, ce qui est cohérent avec l’âge jugé le plus propice pour acquérir ces capacités.

Près de 13 % des parents considèrent que les enfants eux-mêmes sont responsables de cet apprentissage, ce qui peut surprendre même si ce chiffre reste relativement faible. À titre de comparaison, on observe une petite différence avec les États-Unis, où ce chiffre monte à 22 %. Sur cette réponse en particulier, il existe également une grande différence selon l’âge du répondant : plus de 20 % des personnes de moins de 35 ans pensent que l’enfant doit apprendre par lui-même, contre moins de 10 % chez les plus de 35 ans (et seulement 4 % des plus de 65 ans). 

Il faut cependant garder en tête que beaucoup d’experts s’accordent pour dire que les parents et les éducateurs, parmi d’autres, peuvent contribuer à améliorer le raisonnement critique chez les jeunes.
(13)  


Encore une fois, on observe une différence selon l’âge , même si elle est moins marquée, pour la réponse « nous, les parents » : plus de 40 % des moins de 55 ans se sentent responsables, contre environ 30 % des plus de 55 ans.

Lorsque l’on pose la question plus précisément, il paraît clair que l’école a son rôle à jouer dans l’apprentissage du raisonnement critique. Pour plus de 80 % des sondés, le raisonnement critique devrait être au programme du primaire et du secondaire ; la proportion est la même pour l’enseignement supérieur.

Si le consensus général sur l’objectif (plus de raisonnement critique) est encourageant, la dispersion dès qu’il s’agit des modalités de mise en œuvre (qui est responsable, quel âge, dans quel cadre) est sans doute l’explication la plus plausible au fait que l’on n’acquière pas de meilleures capacités de raisonnement critique : avec tant de monde aux commandes, on ne sait plus qui s’en occupe.

Si le consensus général sur l’objectif (plus de raisonnement critique) est encourageant, la dispersion dès qu’il s’agit des modalités de mise en œuvre (qui est responsable, quel âge, dans quel cadre) est sans doute l’explication la plus plausible au fait que l’on n’acquière pas de meilleures capacités de raisonnement critique : avec tant de monde aux commandes, on ne sait plus qui s’en occupe.

3. Les parents disent savoir comment enseigner le raisonnement critique à leurs enfants, pourtant ils ne mettent pas ces compétences en pratique avec eux.

46 % des parents considèrent que l’enseignement des compétences de raisonnement critique aux enfants est de leur responsabilité, et ils sont assez confiants dans leur capacité à le faire.

Mais on se rend compte, en creusant un peu plus, que les parents n’encouragent pas vraiment leurs enfants à mettre en pratique les outils du raisonnement critique. Ainsi seulement 42 % demandent à leurs enfants d’envisager le point de vue opposé, et 38 % à solliciter des points de vue multiples, quand ils étudient une problématique. Une petite majorité (54 %) leur demande de justifier leur réponse. Ce dernier point est pourtant essentiel pour apprendre à mieux réfléchir.  

Si vous vous remémorez les échanges avec votre ou vos enfants ces trois dernières semaines, en moyenne avec quelle fréquence avez-vous…

4. Beaucoup pensent que leurs capacités de raisonnement critique se sont améliorées au fil du temps, mais ne les mettent pas systématiquement en pratique.

En matière de raisonnement critique, comme dans d’autres domaines, il y a un écart entre ce que les gens pensent et la manière dont ils se comportent. 

Ainsi, 73 % pensent que leurs capacités de réflexion se sont améliorées depuis la fin de leurs études. Mais beaucoup décrivent des comportements pas vraiment exemplaires.

Par exemple, 38 % d’entre eux ne réfléchissent pas en amont à l’endroit où ils vont trouver de l’information lorsqu’ils effectuent des recherches, et 36 % ne se réfèrent qu’à une source d’information.

Le manque de compétences critiques s’observe surtout en ligne. Ainsi, plus d’un tiers (35 %) des répondants considèrent Wikipedia, site encyclopédique contributif, comme l’équivalent d’une encyclopédie rigoureusement contrôlée. Et contrairement à une idée reçue, les personnes dont le revenu est le plus élevé ne sont pas forcément les plus critiques : 41 % des gens dont le revenu du foyer est supérieur à 60 000 € pensent ainsi, contre seulement 34 % des personnes dont le revenu du foyer est inférieur à 60 000 €.

 

Le comportement global sur les réseaux sociaux est également révélateur d’un manque de raisonnement critique. Ainsi, 40 % déclarent lire régulièrement des blogs à la place de publications « officielles » comme les journaux, les plus jeunes et ceux qui disposent des plus hauts revenus étant plus enclins à agir ainsi (52 % contre 41 %). Ce comportement se retrouve à l’identique des deux côtés de l’Atlantique.

 

Notre étude montre aussi que les gens ne consultent pas suffisamment de sources différentes lorsqu’ils effectuent une recherche en ligne. Une toute petite moitié d’entre eux consulte plus de cinq résultats fournis par la recherche. Cela veut donc dire que quasiment la moitié des gens se fient à un nombre de sources très limité. Et la tendance s’aggrave lorsqu’on leur demande combien de liens ils ouvrent réellement pour en consulter le contenu réel : 63 % se contentent de moins de cinq liens.

 

5. En ce qui concerne le fait de considérer des opinions opposées aux siennes, on observe un grand écart entre les déclarations et la pratique. 

85 % des sondés déclarent qu’il est important et utile de considérer le point de vue opposé lorsque l’on s’intéresse à un sujet. Ce chiffre est de 87 % pour les Américains ayant répondu à cette étude.

Si 62 % disent rester ouverts à des idées différentes quand ils prennent une décision, 36 % reconnaissent éviter les avis opposés sur les sujets importants, et ils ne sont que 39 % à se confronter à des personnes qui pensent différemment d’eux pour discuter et débattre. Il est intéressant de constater les différences entre les deux pays sur ces comportements : moins d’un quart des Américains s’intéressent à des opinions qui questionnent les leurs, mais ils ne sont que 24 % à éviter ceux qui ne pensent pas comme eux. 

Le revenu est un facteur discriminant sur ces points, mais de manière parfois paradoxale. Ainsi, les personnes dont le revenu du foyer est supérieur à 60 000 € se montrent plus ouvertes aux idées différentes des leurs (70 % contre moins de 60 % pour les revenus du foyer inférieurs à 40 000 €), ou prêtes à se confronter à ceux qui pensent différemment pour discuter ou débattre (48 % contre 32 % pour les revenus du foyer inférieurs à 20 000 €). Mais la différence s’inverse pour le 3ème point : 42 % des gens dont le revenu du foyer est supérieur à 60 000 € disent éviter les avis opposés sur les sujets importants contre seulement 31 % pour les revenus du foyer inférieurs à 20 000 €.

En d’autres termes, même lorsque l’on prétend solliciter l’avis des autres, en pratique on ne remet pas assez en question ses propres opinions.

La recherche et les études menées sur plusieurs décennies peuvent expliquer ce comportement. 

En effet, on désigne par « homophilie » le principe selon lequel « le contact entre semblables s’établit plus fréquemment qu’entre personnes différentes ».
(17)   Cette tendance pousse à fréquenter des gens du même milieu que soi, ou qui partagent les mêmes idées. Beaucoup rechignent à échanger avec ceux dont les idées sont très différentes des leurs, et vivent dans une sorte de bulle au sein de laquelle leurs convictions se renforcent en continu, qu’elles soient vraies ou fausses, sans aucune contestation. Ce comportement se retrouve en ligne, amplifié par la construction même des espaces de discussion sur internet, comme le décrit Romain Badouard, chercheur en sciences de l’information et de la communication. Selon lui, le web tend à créer des sphères de débats hermétiques. Facebook propose des informations correspondant à nos goûts et opinions politiques et les internautes ont tendance à débattre avec des personnes qui partagent la même opinion. En résulte une faible confrontation des opinions opposées, et même lors des rares débats, les pratiques consistent à disqualifier l’adversaire pour que ses arguments soient le moins visibles possible.(18)  

Trop jeune pour développer son esprit critique ?
Jusqu’à quel âge ?

À première vue, quand on pense que trois ans est encore trop jeune pour savoir lacer ses chaussures, on se dit que les tout-petits n’ont pas la capacité d’apprendre à raisonner. Mais de plus en plus d’études montrent que même les enfants les plus jeunes disposent de vraies facultés de raisonnement. On a ainsi découvert, au cours d’une étude publiée en 2018, que les enfants en âge préscolaire étaient capables de raisonnement causal.(14)  Des enfants de trois ans commencent même à réaliser que certaines croyances ne collent pas avec la réalité.(15)  Une autre étude a montré qu’entre trois et cinq ans, les enfants commencent à comprendre que ce qu’une autre personne dit n’est pas forcément « vrai », et reflète plutôt son opinion. Par exemple, la plupart ont intégré qu’une phrase comme « la glace est le meilleur dessert du monde » est une opinion, non un fait. Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et neuroscientifique, a également prouvé dans ses travaux que les bébés se comportaient comme des « scientifiques au berceau ». 

Des données récentes laissent penser que certaines méthodes d’enseignement peuvent favoriser le développement du raisonnement critique chez les jeunes enfants, en particulier lorsqu’elles savent tirer profit des évolutions qui se produisent au cours du développement cérébral. Par exemple, on sait qu’avant 10 ans l’intelligence émotionnelle de l’enfant prédomine sur son intellect. Les parents et les enseignants devraient donc accepter qu’un enfant explique sa conclusion sans exiger qu’il s’appuie sur des faits. Une telle pratique aide à développer la confiance en soi et enseigne à l’enfant, dès son plus jeune âge, que personne, ni aucune institution, ne détient la vérité ; c’est ce que montrent des chercheurs comme Sebastian Dieguez de l’université de Fribourg. 

Plus tard, de la pré-adolescence au milieu de l’adolescence, enseigner le raisonnement critique devient un peu plus compliqué. Les cerveaux des enfants sont en perpétuel changement, à la fois sur le plan physique et dans la manière dont ils reçoivent l’information (via l’école, les amis ou les réseaux sociaux). Le plus important pendant cette période est de leur donner les capacités de naviguer dans ces eaux souvent troubles…

Les études ont aussi montré qu’apprendre à des jeunes de manière approfondie à mieux réfléchir peut donner de très bons résultats : cela en fait de meilleurs élèves dans les classes plus élevées.(16) 

MÉTHODOLOGIE DE L’ÉTUDE 

Le sondage a été réalisé auprès de 1 000 personnes adultes du panel Research Now-SSI entre le 25 et le 28 octobre 2018 ; les répondants de ce panel sont tous validés lors du recrutement. Ce panel est couramment utilisé par des chercheurs, des instituts d’études et des entreprises, et reconnu dans son secteur (noté « meilleure qualité des livrables » cinq années consécutives, de 2014 à 2018, dans l’enquête annuelle des professionnels des études de marché réalisée par MarketResearchCareers.com). Le panel de Research Now-SSI a été retenu pour des raisons de rapidité et de praticité. 

Nous rappelons que, par définition, un panel internet ne peut être représentatif que de la population connectée ; en France, elle représente 88 % de la population. Pour assurer la représentativité de la répartition de la population (âge, genre, région…), nous avons également utilisé un système de quotas pour la majorité de l’échantillon (850 personnes). Notre étude s’intéressant particulièrement aux parents, nous avons « boosté » ce segment au-delà de sa proportion dans la population générale pour obtenir une meilleure taille d’échantillon (150 parents supplémentaires, soit 300 au total).

Pour les questions concernant le raisonnement critique dans la vie quotidienne, nous nous sommes appuyés sur une partie du questionnaire de l’étude « Youth Life Skills Survey ». Nous avons aussi utisé une partie du questionnaire de l’étude « A Study of Critical Thinking Skills in International Baccalaureate Middle Years Programme » qui a été développée par Claudia Mincemoyer, Daniel Perkins, et Catherine Munyua de l’université Penn State. 

Les données sur les parents proviennent d’une sous-section de l’étude, dans laquelle certaines questions ont été posées uniquement aux adultes ayant des enfants. Pour analyser les données démographiques, nous avons observé les résultats sur différents segments par genre, classe d’âge, et tranche de revenus.

Deux spécialistes de la conception et de la mise en œuvre de sondages ont fourni une assistance technique. Il s’agit de Joe McFall de l’Université d’Etat de New-York, et de Fredonia et Srikand Vadali de St Anselm College. Ils ne peuvent être tenus pour responsables des interprétations des données exposées dans ce document. 

Pour obtenir l’intégralité de l’étude, une copie du questionnaire ou pour tout autre question en rapport avec cette étude, vous pouvez contacter Ulrich Boser, conseiller de la Fondation Reboot ([email protected]). Pour les questions relatives à la méthodologie du sondage, vous pouvez contacter Floriane Locatelli, de l’Institut Research Now ([email protected]).

(1)* Heather A. Butler, Christopher Pentoney, Mabelle P. Bong. « Pourquoi les gens intelligents font-ils des choses stupides? » Scientific American, 3 octobre 2017. https://www.scientificamerican.com/article/whydo-smart-people-do-foolish-things/

(2)* Heather A. Butler, Christopher Pentoney, Mabelle P. Bong. « Prédire la réussite dans la vie réelle : le raisonnement critique est un meileur déterminant que l’intelligence ». ScienceDirect, Thinking Skills and Creativity, volume 25, septembre 2017. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1871187116300384

(3)* Yuva Noah Harari, « Pourquoi la technologie favorise la tyrannie ». The Atlantic, octobre 2018
https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2018/10/yuval-noah-harari-technology-tyranny/568330/

 (4)* Sheera Frenkel, « Des Américains s’inspirent des méthodes russes pour frauder : Facebook s’attaque à cette menace croissante ». New York Times, 11 octobre 2018.

(5)* Lu Hong and Scott E. Page « Les groupes à forte diversité sont plus efficaces que des groupes d’experts pour résoudre un problème » (“Groups of diverse problem-solvers can outperform groups of high-ability problem-solvers”). PNAS, 101, 46. 16 novembre 2004. http://www.pnas.org/content/101/46/16385

(6)* Sheera Frenkel, « Des Américains s’inspirent des méthodes russes pour frauder : Facebook s’attaque à cette menace croissante ». New York Times, 11 octobre 2018

(7)* https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/11/28/facebook-a-dejoue-une-campagne-de-propagandeen-francais_5389576_4408996.html

(8)* Cass Sunstein, « Le danger de l a chambre d’écho d’internet ». Harvard Law Today, 24 mars 2017. https://today.law.harvard.edu

(9)* PM Greenfield. « La technologie et l’éducation informelle : ce qui est enseigné, ce qui est appris ». Science, 323 (5910), (2009): 69-71, https://www.ncbi.nlm.nih.gov.

(10)*
 
Maksym Gabielkov et al. « Clics « sociaux » : qui et que lit-on sur Twitter ? ». ACM SIGMETRICS / IFIP Performance 2016, (2016), Antibes Juan-les-Pins, France, (2016), https://hal.inria.fr/hal-01281190

(11)* https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/06/26/non-les-refugies-de-l-aquarius-n-ont-pasjete-les-vetements-de-la-croix-rouge_5321577_4355770.html

(12)* https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/28/gilets-jaunes-un-cas-d-ecole-de-la-polarisation-du-debat-public_5389942_4355770.html?xtmc=polarisation_debat_public&xtcr=1

(13)* Abrami, Philip C., Robert M. Bernard, Evgueni Borokhovski, Anne Wade, Michael A. Surkes, Rana Tamim, et Dai Zhang. « Outils pédagogiques affectant les dispositions et les capacités de raisonnement critique : méta-analyse » Review of Educational Research 78, no. 4 (décembre 2008)1102–34.doi:10.3102/0034654308326084.

(14)* Mariel K. Goddu & Alison Gopnik, « Les jeunes enfants utilisent les faits de manière rationnelle pour choisir des variables causalement pertinentes avant d’intervenir » (University of California, Berkeley, 2018).

(15)* Kuhn, Deanna. « Modèle de développement du raisonnement critique ». Educational Researcher 28, no. 2 (1999): 16-46. http://www.jstor.org/stable/1177186.

(16)* John Perry, David Lundie & Gill Golder. « La métacognition à l’école : ce que la littérature suggère sur l’efficacité de l’enseignement de la métacognition à l’école ». Educational Review, 2018, DOI:10.1080/00131911.2018.1441127.

(17)* Miller McPherson, Lynn Smith-Lovin, and James M Cook, « Qui se ressemble s’assemble : l’homophilie dans les réseaux sociaux ». Annual Reviews of Sociology, 27 (2001): 415–44, http://aris.ss.uci.edu.

(18)* Le désenchantement de l’internet. Rumeur, propagande et désinformation. Editions fyp, 2017